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Sep 24, 2015
admin

Notes de terrain – São Paulo (2015)

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J’ai eu l’occasion de me rendre à São Paulo en compagnie de Valerie LeBlanc où nous présentions au festival FILE 2015 une vidéo issue de notre projet FLOW : BIG WATERS. Ce voyage a été une occasion de rencontres et de réflexion. Voici deux événements, deux moments qui m’ont marqué.

L’heure de Brasilia : nous ne sommes pas seuls
L’heure de l’Atlantique donne souvent l’impression d’être isolé du monde. Sur la carte des fuseaux horaires de l’Amérique du Nord, les provinces maritimes semblent être à l’écart, et ce même si plusieurs îles des Caraïbes font partie de cette zone. Cette isolation n’est pas néfaste en soi, elle a contribué à définir le caractère unique des habitants de la région. Comme on le dit : There are good times, there are bad times and there are the Maritimes.

Lorsque je suis arrivé à São Paulo, je me suis vite rendu compte qu’il n’y avait pas de décalage horaire. Au Brésil, l’heure de l’Atlantique porte un autre nom, c’est l’heure de Brasilia. Tout à coup, je sentais l’énergie humaine de toute la ville battre à l’unisson avec les Maritimes. Nous n’étions plus seuls. Nous nous levions à la même heure, nous mangions en même temps, l’heure de pointe était la même dans les deux zones. Nous et la métropole de l’Amérique latine.

Il faudrait toutefois préciser que notre cohabitation n’est pas une condition permanente : nous vivons dans la même zone du mois de mars au mois d’octobre. Lorsque l’heure de l’Atlantique bascule de l’heure d’été à l’heure d’hiver et que l’heure de Brasilia fait la même chose, mais inversement, notre synchronisme euphorique, cesse. Mais rien n’est perdu, comme l’état de l’Amazonas n’observe pas l’heure d’été nous pouvons continuer de rêver en nous rattachant cette fois à Manaus et au temps immuable de l’heure de l’Amazone.

Réalité virtuelle vs réalité actuelle : nous sommes seuls
São Paulo est une grande ville. Une ville Big Bang qui s’étend de tout côté. Le soleil plombe sur l’avenue Paulista, l’air est rempli d’odeur subtile. La musique émane d’un peu partout. Une motocyclette passe, un homme appuyé contre une balustrade écoute une partie de football sur son petit transistor. Il sourit. Les ondes radio nous enveloppent.

São Paulo, la ville sans publicité, est recouverte de graffitis, d’alphabets inconnus, de jets d’encre explosifs. Il n’y a pas de Ralph Lauren, pas d’images de BMW, seulement une succession de tags mystérieux. Une tête verte aux yeux argentés nous regarde.

Les musées et les galeries d’art semblent être bondés en permanence. Les files d’attente s’étirent comme des rubans d’ADN. L’exposition FILE 2015 ne fait pas exception. Le public est au rendez-vous. L’œuvre qu’on retrouve sur la couverture du catalogue porte le nom de SWING, une installation immersive où les spectateurs sont invités à utiliser une balançoire pour découvrir un monde nouveau. L’opératrice, une bénévole, invite les spectateurs à s’asseoir en s’assurant que les lunettes stéréoscopiques sont bien en place. Elle met en marche l’application chronomètre de son iPhone (chaque spectateur a droit à deux minutes) et retourne s’asseoir sur sa chaise. Comme j’attends mon tour pour aller me balancer, j’observe autant ceux qui sont sur la planche que l’opératrice. Pendant que les secondes du chrono disparaissaient, elle est occupée à échanger avec ses amis sur Facebook. Elle envoie des messages textos de façon endiablée jusqu’à ce qu’un petit son de cloche la ramène au devoir. Elle se lève et s’occupe du transfert de spectateurs.

Il y avait quelque chose d’étrange, de la voir et de nous voir vivre des choses si différentes. Nous (dans le monde 3D de l’impossible futur) et elle (dans le quotidien de ses échanges). Il était impossible de savoir si nos trajectoires allaient se croiser ou si nous allions rester seuls dans chacune de nos bulles.

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Daniel H. Dugas

Artiste numérique, poète et musicien, Daniel H. Dugas a participé à des expositions individuelles et de groupe ainsi qu’à plusieurs festivals et événements de poésie en Amérique du Nord, en Europe, au Mexique et en Australie. Everglades, coécrit avec Valerie LeBlanc, vient de paraître aux Éditions Prise de parole.

Daniel H. Dugas is a poet, musician, and videographer. He has participated in solo and group exhibitions as well as festivals and literary events in North America, Europe, Mexico and Australia. His tenth book of poetry, co-written with Valerie LeBlanc, Everglades has just been published by Les Éditions Prise de parole.

Everglades
À partir de leur exploration du parc national des Everglades, Daniel H. Dugas et Valerie LeBlanc cartographient dans cet essai poétique les effets de la présence humaine sur le milieu naturel, les traces qu’elle y dépose. Everglades est une ode à la beauté, à la fragilité et à la résilience d’une nature aux prises avec une espèce envahissante, la nôtre.

Everglades
Through their exploration of the Everglades National Park, Daniel H. Dugas and Valerie LeBlanc document, in this poetic collection, the effects of human presence in the natural world and the traces left behind. Everglades is an ode to the beauty, the fragility and the resilience of nature faced with the invasiveness of a particular species, ours.

Date : Mars 2018
Genre : Poésie
Collection : Poésie
ISBN : 9782897441029
Français/English

Éditions Prise de parole

http://www.prisedeparole.ca/auteurs/?id=1148

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