May 11, 2022
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Discours d’acceptation – Prix de la lieutenante-gouverneure du Nouveau-Brunswick pour les arts littéraires (2022)

De gauche à droite: Mathieu Léger, Daniel H. Dugas, son honneur Brenda Murphy et Sandra Le Couteur. Crédit photo: Matthew Brown.

(Fredericton, le 11 mai 2022) Le Conseil des arts du Nouveau-Brunswick (artsnb) a eu le plaisir de tenir un gala pour célébrer les récipiendaires 2021 des Prix de la lieutenante-gouverneure pour l’excellence dans les arts. L’événement biennal très attendu, initialement prévu pour novembre 2021, a été accueilli par l’honorable Brenda Murphy, lieutenante-gouverneure du Nouveau-Brunswick, à la Résidence du gouverneur, à Fredericton.

Voici le discours que j’ai lu lors de la remise des Prix de la lieutenante-gouverneure pour l’excellence dans les arts.

Bonsoir mesdames, messieurs. J’aimerais tout d’abord souligner la présence de son Honneur, l’honorable Brenda Murphy, lieutenante-gouverneure du Nouveau-Brunswick et de sa conjointe son Honneur Linda Boyle, de l’honorable Tammy Scott-Wallace, ministre du Tourisme, du Patrimoine et de la Culture, de Madame Isabelle Thériault, députée de Caraquet, de Monsieur David Coon, député de Fredericton-Sud, du Cercle des Ainés ainsi que de Maggie Paul.

C’est avec beaucoup d’émotion que j’accepte ce prix de la lieutenante-gouverneure du Nouveau-Brunswick pour les arts littéraires. J’aimerais remercier artsnb ainsi que les membres du jury qui ont pris la décision de m’octroyer cet honneur. Un merci tout particulier à David Décarie d’avoir si gentiment proposé ma candidature.

J’aimerais ici remercier les personnes qui m’ont aidé au fil des ans : mes parents, bien entendu; mon père qui m’a légué à moi, à mes sœurs et à mes frères le goût et la passion des livres; merci aussi à celles et à ceux qui m’ont encouragé à préciser ma pensée; Gérard Étienne qui le premier m’a offert ses commentaires; Gérald Leblanc, mon premier éditeur aux Éditions Perce-Neige; Michel Henri des Éditions Michel Henri; denise truax des Éditions Prise de parole et Catherine Payrare du Small Walker Press. Enfin je tiens à exprimer ma profonde reconnaissance à Valerie LeBlanc qui, depuis plus de trente ans, m’accompagne dans tous mes projets. Quelques-uns des livres et des vidéopoèmes produits ont été coécrits par Valerie, ce qui fait que ce prix est aussi le sien.

Je ne pourrais passer sous silence l’immense contribution d’organismes qui continuent d’enrichir l’écosystème littéraire de notre province en donnant la parole à tant d’autrices et d’auteurs d’ici et d’ailleurs. La revue Ancrages et le Festival acadien de poésie de Caraquet sont deux piliers du secteur francophone qui soutiennent une effervescence d’activités. L’Association acadienne des artistes professionnel.le.s du Nouveau-Brunswick et Acadie Vie, avec son Prix littéraire Antonine-Maillet, sont également des entités qui font de notre monde un environnement plus sain.

La langue est un organe et un outil. Elle nous permet d’entrer en contact. Les langues (au pluriel) décuplent ce pouvoir. L’écrivaine Inez Baranay, née à Naples en Italie de parents hongrois, a grandi en Australie. Elle disait qu’une culture bilingue pouvait donner un accent différent à la façon dont un auteur ou une autrice pense. Cette différence peut s’observer facilement devant n’importe quelle étagère de bibliothèque. Il est en effet facile de voir dans quelle langue les livres sont écrits : les titres des livres français et allemands par exemple, nous font pencher la tête vers la gauche, and English or Italian books make us lean to the right. A bilingual ‘bibliothèque’, by alternating the movement of the head to the left and then to the right, will exercise the sterno-cleido mastoid muscle and decrease the stiffening of the neck muscles. Théoriquement, au Nouveau-Brunswick personne ne devrait souffrir de torticolis.

Mais au-delà des manières de voir le monde, il y a la question existentielle de la raison de l’écriture. Alors oui, pourquoi donc écrire ? On écrit pour dire le monde, pour témoigner de sa réalité, pour faire sens de ce qui nous entoure. On écrit pour s’embarquer dans le tournoiement du monde et le questionner s’il le faut. Nous vivons aujourd’hui dans une période où il est de plus en plus difficile de faire sens : tout semble déraper dans les glissements des guerres sans fin, de l’urgence face aux changements climatiques, de la pandémie qui s’éternise. Un monde de plus en plus nuancé par nos particularités et non par notre universalité, par le nous et non plus par le vous. Dans tous ces bombardements, notre résilience est mise à rude épreuve et les chemins de la création, comme tous les autres chemins de la vie, sont encombrés de plus en plus obstacles et de doutes.

Oui, c’est l’urgence de la guerre qui domine aujourd’hui, mais nous devons persister à dire le monde, car la création en est le souffle et nous le savons toustes : l’être humain ne peut retenir sa respiration qu’une ou deux minutes tout au plus. Nous sommes ainsi faits. Les artistes persistent à respirer profondément, car c’est une manière de s’acquitter du passé, de s’affranchir de l’avenir et de dire le présent. Toute création permet de refaire le monde, de le construire avec plus de générosité, avec plus d’oxygène, et chaque bombe, chaque missile, chaque char d’assaut acheté puis détruit représente des richesses dérobées à l’humanité. La création s’oppose à tous les mouvements d’obscurantisme qui reviennent sans cesse hanter le monde, le défigurer, lui dérober sa lumière. Allen Ginsberg disait The only thing that can save the world is the reclaiming of the awareness of the world. That is what poetry does. Cette conscience du monde est ce qui nous permet de nous sentir exister, d’être présent à nous-mêmes. Sans elle, le monde n’existerait pas et sans elle, le monde ne pourra pas être sauvé.

Et c’est aux artistes que revient la tâche de réinventer le monde, de réimaginer notre présence dans ce monde. Je pense à tous ces projets qui tendent à rapprocher artistes et scientifiques. Mais je me dis qu’il faudrait bien un jour avoir un programme qui offre non seulement aux peintres de travailler avec des biologistes, mais des programmes qui offrent la chance aux physicien.ne.s de travailler avec des poètes. Cela n’existe pas, pourtant nous savons tous que la vie est une voie à double sens et qu’une conversation ne peut exister sans la contribution de tout le monde.

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Daniel H. Dugas

Artiste numérique, poète et musicien, Daniel H. Dugas a participé à des expositions individuelles et de groupe ainsi qu’à plusieurs festivals et événements de poésie en Amérique du Nord, en Europe, au Mexique et en Australie. Son treizième recueil de poésie « émoji, etc. » / « emoji, etc. » vient de paraître aux Éditions Basic Bruegel.

Daniel H. Dugas is a poet, musician, and videographer. He has participated in solo and group exhibitions as well as festivals and literary events in North America, Europe, Mexico, and Australia. His thirteenth book of poetry, 'émoji, etc.' / 'emoji, etc.' has been published by the Éditions Basic Bruegel Editions.

Date : Mars / March 2022
Genre : Poésie / Poetry
Français / English

émoji, etc. / emoji, etc.

Date: Mai / May 2022
Genre: Vidéopoésie/Videopoetry
Français/English

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