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Jun 8, 2020
admin

Sur la dune de Bouctouche « comme si tout’l monde se connaissait. » (2020)

L’autre jour, alors que nous marchions sur la dune de Bouctouche, nous avons croisé deux femmes, une qui était assise dans le sable près du rivage et l’autre qui marchait lentement dans l’eau à mi-corps. J’ai pensé en la voyant ainsi marcher (parce que l’eau est encore très froide à ce temps de l’année) qu’elle allait aux toilettes dans la mer. C’est peut-être parce que nous regardions la baigneuse que celle assise, en voulant détourner notre attention, nous lança: « Vous avez l’air des touristes ! » Surpris et un peu ébranlé, je répondis par un simple non.

En continuant notre marche, je me suis mis à penser à cette étrange remarque. Elle sous-entendait que nous n’avions pas l’air du coin, qu’on détonnait. Le contexte de pandémie dans lequel nous vivons rend cette question quelque peu problématique. Un commentaire xénophobe qui se basait soit sur notre apparence physique, soit de la façon dont on s’habillait. Ce n’était pas nos accents, car elle nous avait jugés avant qu’on eût ouvert la bouche. Si nous n’étions pas des alentours, nous étions d’ailleurs et par le temps qui court tout ce qui vient d’ailleurs est une menace pour la santé publique. Juste pour voir sa réaction j’aurais dû lui dire, en toussant un peu, qu’on arrivait à l’instant de la ville de New York. Ça aurait pu marcher, car je portais cette journée-là un t-shirt de l’exposition Artistic Licence qui avait été présentée au Guggenheim l’automne dernier.

Mais qu’en est-il de ce « Vous avez l’air des touristes » ? Est-ce que c’était une insulte ou plutôt une boutade qui visait à nous faire déguerpir; une tactique pour que les deux acolytes puissent occuper en toute quiétude la totalité de la dune? Je ne sais pas. En fin de compte, cela n’a pas trop d’importance, je pouvais toujours me réjouir que dans ce coin de pays, apparemment au patrimoine génétique réduit, nous ne partagions pas tous les traits communs.

Heureusement pour nous, nous n’avons pas croisé d’autres villageois avec des torches et des fourches. Personne n’est venu nous menacer. Cette journée-là nous étions des étrangers, une gang de New York just on our own.

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Photos de Valerie LeBlanc
‘…comme si tout’l monde se connaissait’
 est un vers du texte Tableau de Back Yard de Guy Arsenault tiré du livre Acadie Rock (1973).

May 24, 2020
admin

Sur la route (2020)

Le sentier Ruisseau Rabbit à Moncton fait tout au plus trois kilomètres et demi de longueur. Ce n’est pas l’un des grands sentiers de l’Amérique du Nord, mais je l’emprunte régulièrement, il traverse le territoire, la zone où je vis. Une des sections, que j’aime particulièrement, longe le ruisseau; à cet endroit on a presque l’impression d’être en forêt.

Sur les sentiers
L’autre jour alors que je marchais dans le petit boisé, j’ai entendu quelqu’un siffler bruyamment. Comme je ne savais pas d’où provenait l’avertissement, j’ai regardé instinctivement à ma droite, vers les cours arrière des maisons qui bordent le sentier, en pensant que quelqu’un appelait son chien. À ce moment, un autre sifflement plus fort s’est fait entendre. J’ai regardé derrière moi et un Eddy Merckx, un Lance Armstrong local, habillé en tenue de compétitions me dépassa en trombe. Il devait faire entre trente et trente-cinq kilomètres à l’heure. Je me suis tassé sur le côté en le regardant passer.

Si on voyait ces mêmes ratios de vitesse transposés sur les routes, nous serions tous sidérés par leur ampleur. La marche normale et dynamique se situe à une vitesse médiane de 5 km/heure et la vitesse normale standard à vélo est de 20 km/heure. Si je marche à 5 km/heure et que le siffleur arrive à trente-cinq kilomètres/heure, il va sept fois plus vite que moi. Allons maintenant sur l’autoroute où la vitesse est limitée entre 60 et 100 km/heure. Une automobile roule, disons à 100 km/heure, une autre voiture klaxonne derrière, et la dépasse à 700 km/heure. C’est évidemment trop vite et je suis convaincu que ça ne serait pas toléré. Malheureusement, pour les piétons, c’est quelque chose qui arrive assez souvent.

Même si la majorité des cyclistes partagent les sentiers avec les piétons de façon respectueuse, il y en a plusieurs qui utilisent ces chemins comme des pistes de course avec les piétons comme obstacles dynamiques. Mais ça, ce n’est pas nouveau, dans la chaîne alimentaire des modes de transports, le prédateur alpha est l’automobiliste, le cycliste – quoi qu’on en dise – est en deuxième position. Le piéton lui fait office de phytoplancton, ou de zooplancton. Parce qu’il est le moins rapide, il est dans le chemin de tout le monde – même sur les trottoirs qui lui sont pourtant réservés.

Sur les trottoirs
Dans la nouvelle normalité dans laquelle nous nous vivons, plusieurs d’entre nous avons remarqué que les trottoirs ne sont pas très larges. Il est impossible de garder une distanciation sociale sur 4 pieds de largeur. Si l’on y ajoute des bicyclettes, le problème est vite décuplé. Parce qu’elles ont des roues, la solution la plus logique est de voir ces vélos circuler sur les routes. La ville de Moncton a même un arrêté (no T-410[1]) où il est stipulé qu’il « est interdit d’utiliser un trottoir autrement que pour un usage piétonnier […] » En 2012, la police de Moncton a resserré brièvement les règlements et donné quelques contraventions, mais il semble que depuis il y a eu un relâchement considérable[2].

À toute les fois que je vois un cycliste s’approcher sur un trottoir, je me demande pourquoi il a pris cette décision. Pourquoi rouler sur un trottoir avec des trous et des bosses lorsqu’une piste cyclable existe juste à côté? C’est un grand mystère qui s’explique peut-être par la peur d’être happés par un véhicule. Ce qui est étonnant et déconcertant tout à la fois, c’est qu’ils n’ont aucune crainte de nous frapper, le danger n’existe que pour eux. Nous, les piétons, nous ne sommes qu’une espèce en voie de disparition, une extinction qui n’arrive pas assez rapidement pour certains.

Daniel H. Dugas
le 22 mai 2020

[1] ARRÊTÉ no T-410, Ville de Moncton
http://www5.moncton.ca/docs/bylaws/By-Law_T-410_Use_of_Streets-arrete_utilisation_rues.pdf

[2] Moncton police crackdown on cyclists
https://www.cbc.ca/news/canada/new-brunswick/moncton-police-crackdown-on-cyclists-1.1267573

 

Nov 13, 2019
admin

The seagulls and us (2019)

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Politically, we are like a colony of seagulls in a parking lot near McDonald’s or Wendy’s. We look for scraps of food; fries, morsels of meat, even a pickle. We work individually, picking at other birds that threaten to steal what looks like loot. And then amid this disorganized assembly, someone walks by; one man going home or to the grocery store, and all of the birds looking for food fly off in fright. I always find it amazing, that a huge flock of birds can be so afraid of one harmless man going out to run an errand, while longing to lay down on the couch at home. The birds don’t have any understanding of the power they hold. If they were aware, they would stand up to the passer-by and HE would be the one running for his life. But now the man is in his house, watching TV, and he’s probably not even thinking about the birds that are still looking for food and skittering away whenever someone walks by.

Politically, we are like a colony of seagulls found in a parking lot because we seem unable to realize and assume our strengths. We can only conceive of two outcomes for any election: it will be a Liberal government or a Conservative government. In our minds, there are no other possibilities. We either win a fry or a pickle type of government. If we were like the enlightened seagulls of my dreams, we would stand up to passers-by and vote, not for one or the other, but for the party that reflects our beliefs. And we would finally elect someone else, the world would be a better place.

The fear that we have, that if it’s not daytime it must be night-time, can be likened to the fear that makes all birds shake in their boots. Of course, if there was a proportional representation system, or a least an electoral reform like was once promised not too long ago, we would find parking lots with both the birds and the passers-by in happy co-existence.

Daniel H. Dugas
November 6, 2019

What Trudeau said: A look back at Liberal promises on electoral reform
Tania Kohut, December 2, 2016

Why Do Seagulls Hang Out in Parking Lots?
Matt Soniak, June 30, 2014

 

Image: Library of Congress
Zoo: Billy Sea Gull, July 10, 1920 

Nov 12, 2019
admin

24 images/notes de ma seconde New-Yorkaise (2019)

Jean Luc Goddard disait que la photographie, c’était la vérité et le cinéma, c’était vingt-quatre fois la vérité par seconde…  Voici 24 images de ma seconde New-Yorkaise, accompagnées de 24 hyperliens.

1. Parce que le Mutoscope est une machine fantastique,

2. Pour le bleu de l’image et les nez d’Orson Wells,

3. Parce que « Technology/Transformation: Wonder Woman » de Dara Birnbaum
me fait encore réfléchir,

4. Parce qu’Hudson Yards n’est qu’un vaste dépotoir matérialiste et qu’après avoir vu la sculpture de Thomas Heatherwick mon œil s’est accroché à la publicité intérieure,

5. Parce que cet édifice de Snug Habor me fait penser à Aberdeen à Moncton,

6. Parce que la perruque couleur néon est électrique,

7. Parce que le 11 septembre a laissé une marque profonde et que les deux tours existent encore dans cet espace sacré,

8. Parce que ces micros, suspendus devant le rideau rouge, sont d’une grande beauté,

9. Parce que c’est sous le vide que le monde médiatisé nous est apparu,

10. Parce que les « Diapositives à Chansons » recoupaient déjà les grands désirs marketing,

11. Pour « Pong », où j’ai déposé un nombre incalculable de 25 sous,

12. Pour Pope L., que je ne connaissais pas et dont la trajectoire artistique me fascine,


13. Parce que la peinture intitulée « The Eternal City » de Peter Blume est une révélation,

14. Parce qu’Aparelho Cinecromático d’Abraham Palatnik est une autre révélation,

15. Parce que « My%Desktop » est une de mes œuvres d’art préférées depuis longtemps,

16. Parce que j’essaie de m’insérer dans « Figurengruppe/Group of Figures » de Katharina Fritsch,

17. Parce que la statue « Rumors of War » de l’artiste noir américain Kehinde Wiley est d’une grande pertinence, pour ce moment dans l’histoire américaine, pour le choix du modèle, parce que le monument est installé temporairement en plein milieu de Time Square et que l’impact des publicités donne à lire obliquement,

18. Parce que le Guggenheim est un bijou d’architecture,

19. Parce que les crabes qui soutiennent l’Aiguille de Cléopâtre dans Central Park pèsent 922 lb chacun,

20. Parce que le panneau d’affichage « VOTE » de Mitch “the World’s Best Artist” O’Connell remet les pendules à l’heure et parce que l’autre panneau d’affichage par Dhvani —situé directement au-dessus—est aussi captivant que le premier,

21. Parce que l’affiche de la fin du monde est rudimentaire et que cette semaine-là le président américain avait 66.6 millions d’abonnés,


22. Parce que Steinway est un rêve,

23. Parce que la librairie « Printed Matter, Inc » est un temple de bonbons,

24. Parce que ce décollage, presque un détachement, ressemble à la coupe Stanley et que le logo est celui du département d’assainissement de la ville de New York.

Oct 21, 2019
admin

Notes from watching the 2015 election (2019)

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Here are my notes from watching the last election (2015).

BEGINNING: What is wrong with us?

Justin Trudeau has already become the greatest prime minister in Canada!

It reminds me of the blue wave of Brian Mulroney in 1988. We are all purple now!

We are back in the future of our past.

Everything is already totally different.

For once Atlantic Canada has weight. The conservative voted liberal.

CTV sets look like Apple’s OSX.

The algal bloom may also deplete oxygen in the waters and/or release toxins that may cause illness in humans and other animals.

Like when Frank McKenna won every seat in 1987.

Orange and green were obviously not real colours.

We are now 33% better!

I’ve heard that the Blue Jays will be wearing red shirts in the next inning.

Mulcair will shave his beard.

We need a party with the colour yellow!

Dynasty: “power, lordship, sovereignty,” from dynastes “ruler, chief,” from dynasthai “have power.

It might take another 100 years to see a different outcome than the red vs. blue scheme.

Actually, it might never happen.

It’s still early, but it’s pretty late.

Jack Layton has turned in his grave.

Tom forgot to say something…

Canada Vote sets. Wendy Wesley in purple and Diana Swain in yellow?

Embarrasser ou embrasser ?

Fast delivery

END: They like to touch their chest.

Oct 19, 2019
admin

Sans un mot ni même une larme (2019)

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Sans un mot ni même une larme, Moncton vient de perdre un autre espace vert. Les rouleaux compresseurs et l’asphalte des entrepreneurs ont eu raison de ce petit lopin de terre situé devant l’hôpital anglais de la ville. Il y avait dans ce parc quelques sentiers, quelques arbres, des bancs, tous rasés maintenant pour faire place à la noirceur du bitume.

Entre ce nouveau stationnement et le trottoir subsiste un monument commémoratif de l’école Beauséjour, le premier établissement scolaire de langue française dans la ville. C’est là, dans ce parc que s’érigeait la « Beauséjour School » devenu quelques années plus tard l’école Beauséjour. Est-ce que bientôt on voudra, pour créer un ou deux espaces supplémentaires de stationnement, déplacer ce monument vers la périphérie?

Notre appétit pour le parking n’est pas un malaise, mais une maladie. La condition qui nous afflige aura, semble-t-il, le dernier mot.

Voir: Le souvenir d’une école, 6 octobre 2008
https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/413603/nb-ecole-beausejour

Oct 10, 2019
admin

Maintenant qu’on a bien marché (2019)

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Seules les pensées qu’on a en marchant valent quelque chose.
Nietzsche

Maintenant qu’on a bien marché et que la ville de Moncton a signalé son appui au mouvement pour sauver la planète, il serait bon de savoir ce qu’elle fera concrètement.

Moncton a une surface de stationnement totale dans le centre-ville de 42%[1]. Ce pourcentage augmente de façon dramatique lorsqu’on tient compte des rues. Et c’est énorme. Notre ville est un stationnement où les piétons esquivent Toyota et Ford F150. Moncton, si l’envie te prend, tu pourrais lire le chapitre 22 du livre « A Pattern Language », intitulé « Nine Per Cent ». On dit qu’il n’est pas possible de créer un environnement pour les humains lorsqu’on utilise plus de 9% du territoire pour le stationnement[2].

Et puis, ce n’est pas seulement le parcage qui est problématique, c’est l’ensemble du processus qui tire la patte. C’est comme si sous les feux de l’écoblanchiment, il n’y avait que des formes apaisantes. Récemment, Moncton adoptait une motion visant à en faire davantage pour lutter contre les changements climatiques[3]. C’était une belle initiative, mais un mois seulement après avoir timidement balbutié l’urgence climatique, le département d’ingénierie de la Ville proposait de réduire le nombre de trottoirs, qui seraient trop coûteux à entretenir[4]. Et ce mode d’action, cette façon d’opérer n’est pas une situation isolée. Le gouvernement fédéral procède de la même manière : le 19 juin 2019, il déclarait l’urgence climatique au pays[5] et donnait, le lendemain, le feu vert à l’expansion du pipeline Trans Mountain.[6] / [7] On nous prend pour des tartes, des cons ou pour des Tim Bits en souhaitant que le message Instagram suffise à rendre le monde meilleur.

On semble être d’accord, la ville pourrait devenir plus verte et plus humaine. Idées concrètes : Moncton pourrait s’engager à se dé-stationner, elle pourrait nous dire que l’idée proposée par le département d’ingénierie n’ira pas de l’avant et elle pourrait sûrement interdire les « shows de boucanes » comme « The Nationals » et « The Atlanticade » qui viennent chaque année empester la ville de leurs fumées nauséabondes. Ces festivals de la pollution n’ont pas de place dans une ville qui se veut respectueuse de l’environnement. Et s’il n’y a pas de problème, pas de conflit existentiel à tenir de tels évènements, la ville pourrait inviter Greta Thunberg à être maître de cérémonie du défilé. On verra ce qui arrivera.

[1] Surface totale de Moncton: 142 053 298,760 mètres carrés
Surface totale de stationnement: 6 452 935,9 mètres carrés
Jean-Guy Leger, Transportation Coordinator, Ville de Moncton

[2] https://en.wikipedia.org/wiki/A_Pattern_Language

[3] La Ville de Moncton déclare l’urgence climatique
https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/1162020/moncton-urgence-changements-climatiques-effet-serre

[4] Moins de trottoirs à Moncton? Des aînés s’inquiètent
https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/1168060/trottoirs-reduction-enlevement-moncton-transport-marche-acadie

[5] Le gouvernement du Canada a officiellement déclaré l’urgence climatique au pays https://www.narcity.com/nouvelles/ca/le-gouvernement-du-canada-a-officiellement-declare-lurgence-climatique-au-pays

[6] https://www.bbc.com/news/world-us-canada-49804234

[7] Ottawa donne le feu vert à l’expansion du pipeline Trans Mountain
https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/1189941/oleoduc-trans-mountain-canada-alberta-colombie-britannique-petrole


Image Wikipedia: Benh LIEU SONG from Torcy, France – Bay 2 Parking
Parking lot outside of a shopping mall in Collégien, France, demonstrating the design of prioritizing spaces for cars over spaces for people.

Aug 1, 2019
admin

Contorsions (2019)

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J’ai toujours détesté le mot « incontournable ». C’est comme si le spectateur, le lecteur ou le citoyen voyageait sur la voie ferrée de sa vie et qu’il n’y avait aucun système d’aiguillage pour bifurquer, pour aller ailleurs. Ce mot est un train sans conducteur comme dans le film « Unstoppable » ou « À fond de train » comme on l’a connu au Québec. C’est un mot fataliste qui ne donne aucun choix, aucune possibilité d’action et de décision, et ce même si dans le film le héros arrive à stopper le maudit train. L’incontournable est un mur où l’on ne peut que s’écraser. La chose a déjà été approuvée, contrôlée, examinée, alors il ne reste qu’à foncer. Notre perception n’est qu’une formalité.

Le mot « incontournable » est un dérivé de « contourner », c’est-à-dire de faire le tour de quelque chose. Depuis plusieurs années, on l’utilise pour signifier une chose qu’on ne saurait ignorer. L’Académie française déconseille son utilisation et nous invite à utiliser d’autres mots comme « inévitable » ou encore « indispensable ». Mon aversion pour l’incontournable n’a rien à voir avec le bon usage prescrit par l’Académie. Mon problème c’est de ne pas avoir le choix. C’est de me faire dire que mon discernement, ma perception sont accessoires – que tout est dans le sac. Quelque part, je revendique mon droit à ignorer des choses, surtout si c’est une chose qu’on dit « incontournable ».

Et puis, quelle est cette idée saugrenue qu’une chose soit incontournable? Est-ce que nous sommes des oiseaux devant un miroir? Sommes-nous emprisonnés sous un bocal? N’avons-nous pas de petits marteaux dans le fond de nos poches pour cogner sur le mur de verre qui se dresse autour nous? Le filtre des commentateurs n’est pas une science, c’est un art subjectif et des fois le tir manque la cible, on a qu’à penser à Van Gogh, qui était à son époque très contournable et qui est devenu le plus grand des incontournables.

Image (Library of Congress):
DETAIL VIEW OF COURSING, SOUTH ELEVATION. LARGER ROCKS ARE SCRABBLED TO GIVE THE APPEARANCE OF A FINISHED SURFACE, LOOKING NORTH – Rock Wall, North side of Battle Creek Canyon, Shingletown, Shasta County, CA. Historic American Engineering Record: R P Waller, J H Strutt, Leon Bly David Maul, 1968.

https://www.loc.gov/resource/hhh.ca1756.photos/?sp=6

Jul 4, 2019
admin

Entre le salon et le spa (2019)

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Mots clés : hantologie, mémoire, architecture

La mémoire humaine est une vraie passoire et quand cette mémoire est collective les trous peuvent être encore plus gros. Le magazine The Economist publiait récemment un article sur les crues centennales et il semblerait que la mémoire d’une inondation subsisterait le temps d’une génération. Après 25 ans, les habitants d’une région inondée auraient tendance à redescendre vers la plaine inondable. Après deux générations, on aurait reconstruit près des cours d’eau[1].

L’autre jour en marchant sur la rue Lutz à Moncton, j’ai remarqué qu’un spa s’était installé dans l’édifice Tuttle. Ce bâtiment construit en 1929 par les frères Tuttle a été à une certaine époque l’un des grands salons funéraires de la ville. Je me souviens d’avoir vu au début des années 80, de longs corbillards noirs stationnés sur cette rue. Les chauffeurs attendaient solennellement le cercueil et les pleureurs. Aujourd’hui, la tristesse a disparu, elle a été remplacée par la joie que procure ce nouveau type d’établissement aux clients qui aiment se faire dorloter. Je trouve quand même étrange qu’un spa puisse s’installer dans un ancien salon funéraire. C’est plus fort que moi. Le gouffre entre l’embaumement et le rajeunissement me semble impossible à combler. Il faudrait être un cascadeur de la trempe d’Evel Knievel pour aller de l’un à l’autre. Mais cascades mises à part, j’imagine qu’il est toujours possible de faire des rapprochements entre un salon et un spa. C’est vrai, tous les deux s’occupent du corps humain – un corps souvent étendu sur une table – et tous les deux tentent désespérément de repousser les avances du temps, mais…

Mon problème – ce qui m’empêche d’accepter aisément la transformation du lieu – en est un d’intensité. J’ai l’impression que l’aura qui enveloppait le salon devait être d’une telle puissance que sa lumière pourrait continuer d’exister dans le temps et même hanter l’édifice. Bref, que l’énergie du salon mortuaire est dix fois forte que la vigueur du spa !

Mais ce n’est pas le cas. La présence du spa est une preuve que les choses ont changée. Mon hésitation, j’en suis sûr maintenant, doit être ancrée dans ma propre mémoire, dans cette image de corbillards en attente dans cette petite rue monctonienne. Comme les sinistrés des crues centennales, je continue de prendre mes précautions, c’est tout. Il aura fallu attendre une ou deux générations pour que s’effiloche l’auréole d’énergie du salon et qu’on oublie son existence. Mine de rien, le temps avait redonné à l’édifice son innocence primordiale. Après avoir reçu un grand massage thérapeutique, il ouvrait ses portes à un monde nouveau.

[1] Memories of disaster fade fast, The Economist, Science and technology, 17 avril 2019
https://www.economist.com/science-and-technology/2019/04/17/memories-of-disaster-fade-fast

 

May 10, 2019
admin

Nous nous assurons que nos artistes ne manquent de rien (2019)

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Le journal L’Étoile publiait le 28 mars 2019 un article de Neil Hodge intitulé « Nous nous assurons que nos joueurs ne manquent de rien ». Cet article dévoile ce qui est au cœur du club de hockey les Wildcats à savoir le nombre de rondelles et de bâtons utilisés pendant la saison. J’ai été impressionné par l’ampleur de l’effort et je me suis dit que ça serait fantastique si les artistes de notre province étaient encadrés de la même manière. Je me suis donc inspiré de l’article de Neil Hodge en le transposant dans un contexte artistique.

Merci aux artistes Luc Charette et Marc Cyr d’avoir bien voulu prêter leur nom pour simuler les commentaires des joueurs des Wildcats. Merci également à Neil Hodge qui a écrit l’article et a inspiré ce projet.

Bonne lecture !

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Daniel H. Dugas

Artiste numérique, poète et musicien, Daniel H. Dugas a participé à des expositions individuelles et de groupe ainsi qu’à plusieurs festivals et événements de poésie en Amérique du Nord, en Europe, au Mexique et en Australie. Videopoésie / Videopoetry, coécrit avec Valerie LeBlanc, vient de paraître aux aux éditions Small Walker Press.

Daniel H. Dugas is a poet, musician, and videographer. He has participated in solo and group exhibitions as well as festivals and literary events in North America, Europe, Mexico and Australia. His eleventh book of poetry, co-written with Valerie LeBlanc, Videopoésie / Videopoetry has just been published by the Small Walker Press.

Date : April 2020
Genre : Vidéopoésie/Videopoetry
Français/English

Videopoetry / Vidéopoésie

Small Walker Press

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