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Aug 1, 2019
admin

Contorsions (2019)

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J’ai toujours détesté le mot « incontournable ». C’est comme si le spectateur, le lecteur ou le citoyen voyageait sur la voie ferrée de sa vie et qu’il n’y avait aucun système d’aiguillage pour bifurquer, pour aller ailleurs. Ce mot est un train sans conducteur comme dans le film « Unstoppable » ou « À fond de train » comme on l’a connu au Québec. C’est un mot fataliste qui ne donne aucun choix, aucune possibilité d’action et de décision, et ce même si dans le film le héros arrive à stopper le maudit train. L’incontournable est un mur où l’on ne peut que s’écraser. La chose a déjà été approuvée, contrôlée, examinée, alors il ne reste qu’à foncer. Notre perception n’est qu’une formalité.

Le mot « incontournable » est un dérivé de « contourner », c’est-à-dire de faire le tour de quelque chose. Depuis plusieurs années, on l’utilise pour signifier une chose qu’on ne saurait ignorer. L’Académie française déconseille son utilisation et nous invite à utiliser d’autres mots comme « inévitable » ou encore « indispensable ». Mon aversion pour l’incontournable n’a rien à voir avec le bon usage prescrit par l’Académie. Mon problème c’est de ne pas avoir le choix. C’est de me faire dire que mon discernement, ma perception sont accessoires – que tout est dans le sac. Quelque part, je revendique mon droit à ignorer des choses, surtout si c’est une chose qu’on dit « incontournable ».

Et puis, quelle est cette idée saugrenue qu’une chose soit incontournable? Est-ce que nous sommes des oiseaux devant un miroir? Sommes-nous emprisonnés sous un bocal? N’avons-nous pas de petits marteaux dans le fond de nos poches pour cogner sur le mur de verre qui se dresse autour nous? Le filtre des commentateurs n’est pas une science, c’est un art subjectif et des fois le tir manque la cible, on a qu’à penser à Van Gogh, qui était à son époque très contournable et qui est devenu le plus grand des incontournables.

Image (Library of Congress):
DETAIL VIEW OF COURSING, SOUTH ELEVATION. LARGER ROCKS ARE SCRABBLED TO GIVE THE APPEARANCE OF A FINISHED SURFACE, LOOKING NORTH – Rock Wall, North side of Battle Creek Canyon, Shingletown, Shasta County, CA. Historic American Engineering Record: R P Waller, J H Strutt, Leon Bly David Maul, 1968.

https://www.loc.gov/resource/hhh.ca1756.photos/?sp=6

Jul 4, 2019
admin

Entre le salon et le spa (2019)

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Mots clés : hantologie, mémoire, architecture

La mémoire humaine est une vraie passoire et quand cette mémoire est collective les trous peuvent être encore plus gros. Le magazine The Economist publiait récemment un article sur les crues centennales et il semblerait que la mémoire d’une inondation subsisterait le temps d’une génération. Après 25 ans, les habitants d’une région inondée auraient tendance à redescendre vers la plaine inondable. Après deux générations, on aurait reconstruit près des cours d’eau[1].

L’autre jour en marchant sur la rue Lutz à Moncton, j’ai remarqué qu’un spa s’était installé dans l’édifice Tuttle. Ce bâtiment construit en 1929 par les frères Tuttle a été à une certaine époque l’un des grands salons funéraires de la ville. Je me souviens d’avoir vu au début des années 80, de longs corbillards noirs stationnés sur cette rue. Les chauffeurs attendaient solennellement le cercueil et les pleureurs. Aujourd’hui, la tristesse a disparu, elle a été remplacée par la joie que procure ce nouveau type d’établissement aux clients qui aiment se faire dorloter. Je trouve quand même étrange qu’un spa puisse s’installer dans un ancien salon funéraire. C’est plus fort que moi. Le gouffre entre l’embaumement et le rajeunissement me semble impossible à combler. Il faudrait être un cascadeur de la trempe d’Evel Knievel pour aller de l’un à l’autre. Mais cascades mises à part, j’imagine qu’il est toujours possible de faire des rapprochements entre un salon et un spa. C’est vrai, tous les deux s’occupent du corps humain – un corps souvent étendu sur une table – et tous les deux tentent désespérément de repousser les avances du temps, mais…

Mon problème – ce qui m’empêche d’accepter aisément la transformation du lieu – en est un d’intensité. J’ai l’impression que l’aura qui enveloppait le salon devait être d’une telle puissance que sa lumière pourrait continuer d’exister dans le temps et même hanter l’édifice. Bref, que l’énergie du salon mortuaire est dix fois forte que la vigueur du spa !

Mais ce n’est pas le cas. La présence du spa est une preuve que les choses ont changée. Mon hésitation, j’en suis sûr maintenant, doit être ancrée dans ma propre mémoire, dans cette image de corbillards en attente dans cette petite rue monctonienne. Comme les sinistrés des crues centennales, je continue de prendre mes précautions, c’est tout. Il aura fallu attendre une ou deux générations pour que s’effiloche l’auréole d’énergie du salon et qu’on oublie son existence. Mine de rien, le temps avait redonné à l’édifice son innocence primordiale. Après avoir reçu un grand massage thérapeutique, il ouvrait ses portes à un monde nouveau.

[1] Memories of disaster fade fast, The Economist, Science and technology, 17 avril 2019
https://www.economist.com/science-and-technology/2019/04/17/memories-of-disaster-fade-fast

 

May 10, 2019
admin

Nous nous assurons que nos artistes ne manquent de rien (2019)

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Le journal L’Étoile publiait le 28 mars 2019 un article de Neil Hodge intitulé « Nous nous assurons que nos joueurs ne manquent de rien ». Cet article dévoile ce qui est au cœur du club de hockey les Wildcats à savoir le nombre de rondelles et de bâtons utilisés pendant la saison. J’ai été impressionné par l’ampleur de l’effort et je me suis dit que ça serait fantastique si les artistes de notre province étaient encadrés de la même manière. Je me suis donc inspiré de l’article de Neil Hodge en le transposant dans un contexte artistique.

Merci aux artistes Luc Charette et Marc Cyr d’avoir bien voulu prêter leur nom pour simuler les commentaires des joueurs des Wildcats. Merci également à Neil Hodge qui a écrit l’article et a inspiré ce projet.

Bonne lecture !

Dec 5, 2016
admin

Gotlib (2016)

Autoportrait de Gotlib pour la couverture de Rubrique-à-brac Tome 4, Dargaud, 1973

Autoportrait de Gotlib pour la couverture de Rubrique-à-brac Tome 4, Dargaud, 1973

En 1971, j’ai découvert la série de livres Rubrique-à-brac. Ç’a été un évènement catalyseur qui m’a initié à l’humour absurde, caustique et fantaisiste de Gotlib, mais qui m’a aussi fait découvrir le monde où je vivais. J’habitais Lévis et je savais – je ne sais plus comment, mais je l’avais su – que les livres de Gotlib étaient en vente à la librairie Archambault dans le Vieux-Québec (à l’époque située sur la rue St-Jean). Je partais de chez moi avec l’argent que j’avais gagné à livrer les journaux à domicile et je me rendais au traversier pour aller à Québec. De là, je montais jusqu’à la librairie. La route qui menait vers le rire était parsemée d’inconnu et de surprises et chaque fois que j’achetais un nouveau tome le monde entier m’apparaissait plus éclatant. Gotlib m’a fait découvrir un humour « glacé et sophistiqué » comme il le disait si bien et m’a fait explorateur de la vie. Merci Marcel Gotlib !

 

 

 

 

Aug 24, 2016
admin

Le modèle et la copie (2016)

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Le simulacre n’est jamais ce qui cache la vérité – c’est la vérité qui cache qu’il n’y en a pas.
Jean Baudrillard

Je croyais que Chirac était du marbre dont on fait les statues.
En réalité il est de la faïence dont on fait les bidets.
Marie-France Garaud

L’hôtel Lord Elgin d’Ottawa a été nommé en l’honneur de James Bruce, le 8e comte d’Elgin, gouverneur général du Canada-Uni de 1847 à 1854. Dans une alcôve du hall d’entrée de l’hôtel, on a placé un buste en son honneur. Comme j’aime toucher à tout, j’ai tapé sur sa tête et j’ai été surpris de constater que l’homme n’était pas fait en marbre, mais en fibre de verre! Je me disais qu’on avait dû mettre l’original en lieu sûr, que ce faux marbre n’était là que pour des questions d’assurances ou de nettoyage. Peu importe la raison, son état révélait un lien de filiation des plus intéressant.

Le père de James s’appelait Thomas Bruce, c’était un aristocrate et un homme militaire qui portait plusieurs titres dont celui de 7e compte d’Elgin. Au début du 19e siècle, il était ambassadeur britannique à Constantinople, la capitale de l’Empire ottoman. La Grèce qu’on disait « ottomane » à l’époque faisait partie de l’empire et l’ambassadeur, qui avait une fascination toute particulière pour la Grèce, parcourait son territoire comme un véritable golden retriever. La pie voleuse plénipotentiaire, grande receleuse, a enlevé de l’Acropole d’Athènes des centaines de statues et les a vendus au British Museum. Parmi son butin, il y avait 12 statues des frontons, 156 plaques de la frise et 13 métopes; la frise du temple d’Athéna Niké et une cariatide de l’Érechthéion! Ces marbres qu’on appelle maintenant les Marbres d’Elgin (comme quoi le crime paie, et ce même si le 7e comte a vendu le matériel à perte) constituent aujourd’hui l’une des pièces maîtresses du musée britannique. La Grèce réclame depuis longtemps le rapatriement des marbres, mais le musée a toujours prétendu être le gardien du patrimoine culturel de l’humanité et n’a jamais accepté de les rendre.

Notre illustre gouverneur général, grand administrateur colonial, avait un pedigree des plus impressionnants, son beau-père n’était nul autre que John George Lambton, 1er comte de Durham, l’auteur du terrifiant Rapport Durham et son père, on l’a vu, était un statuomaniaque international. Notre comte n’est toutefois pas en reste; il a été vice-roi des Indes et a laissé sa marque sur la scène internationale en ordonnant, durant la seconde guerre de l’opium, la destruction du Palais d’été, jardin impérial de Pékin. Quoi qu’il en soit, la statue du fils en fibre de verre qui siège aujourd’hui à l’hôtel semble être la conséquence d’une certaine justice immanente, comme si le fils payait en substance les crimes de son père. Ce qui est plus drôle, c’est qu’en tapant sur le buste, il sonne creux comme pour nous rappeler que l’Histoire n’est pas aussi pleine qu’elle le clame.

Daniel H. Dugas
le 22 août 2016

Notes

Le point de vue du musée britannique :
The Parthenon Sculptures, The British Museum

Le point de vue du gouvernement grecque :
Demands of the Greek government

Pour un exposé favorable des politiques de Lord Elgin, voir : The voice of the people “Lord Elgin” (N.F.B. 1959)

Oct 19, 2015
admin

Querelles de famille (2015)

(Entre le mérite artistique et la situation financière, il ne faut pas y mettre le doigt.)

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D’après l’Agence du revenu du Canada, le mérite artistique désigne la qualité d’une exposition artistique, d’une présentation de spectacle ou d’une prestation [1]. Le Conseil des arts du Canada — comme tous les conseils des arts provinciaux — privilégie la méthode de l’évaluation par les pairs tout en notant que « si cette méthode n’est pas parfaite elle reste la meilleure pour cerner les habiletés exceptionnelles et le mérite artistique dans le domaine des arts » [2]. Le Conseil des arts du Canada parle même de la primauté du mérite artistique [3]. C’est là un des piliers fondamentaux dans l’octroi des subventions.

Mais qu’est-ce que le mérite artistique sinon la matérialisation d’un talent artistique? Le talent, on le rappelle, est une aptitude, une capacité particulière, une habileté, naturelle ou acquise, pour réussir en société et dans une activité donnée [4]. La concrétisation quant à elle, c’est rendre concret ce qui est abstrait et demande toujours une certaine aisance financière. Le talent est depuis toujours rattaché à l’argent, c’est une mesure de la richesse. Chez les Grecques et les Romains, il était une unité de poids pour mesurer justement l’or et l’argent.

Dans tous les conseils des arts, il y a une autre règle d’or : la situation financière d’un candidat n’est pas un critère pertinent [5]. C’est-à-dire qu’il ne faut pas en tenir compte de la situation financière d’un artiste pour poser un jugement. Qu’il soit pauvre ou riche, c’est le mérite artistique qui compte. Mais comment départager le mérite artistique avec la situation financière d’un artiste? Est-il possible de faire la part des choses, de voir l’un en ignorant l’autre? Comme il est difficile de dire que la pauvreté n’est pas un obstacle à la bonne santé, à un régime alimentaire nutritif, à l’éducation, etc., il est difficile de dire que l’aisance financière n’affecte pas, de façon positive, le parcours d’un individu.

Nous vivons dans une époque de progrès et de technologie où de plus en plus d’artistes utilisent des dispositifs techniques sophistiqués qui sont de plus en plus coûteux. Cette séparation, du mérite artistique et de l’état financier, pourrait être relativement facile dans le cas d’un artiste qui n’utiliserait que le crayon et le papier, mais cet exercice pourrait s’avérer un peu plus difficile dans le cas d’un artiste qui créerait des installations interactives, ou des œuvres vidéo en format 4k UHD ou encore 8k UHD [6]. Est-ce qu’un vidéaste vivant sous le seuil de la pauvreté et qui utiliserait une caméra SD [7] pourrait rivaliser avec un vidéaste qui filmerait en format 8k? On pourrait dire que le premier est un amateur et que le second est un professionnel, que le premier amorce sa carrière et que le deuxième est au sommet de celle-ci. Mais disons que les deux sont au même niveau. On pourrait alors dire que c’est l’idée, le concept qui importe, que la qualité de l’œuvre n’a rien à voir avec ce qui la porte. C’est vrai, mais il est également vrai que la qualité d’une œuvre visuelle est jugée par son apparence. L’œuvre ne sera pas vue de la même manière, c’est évident. On ne compare pas la miniature avec le monumental.

Si nous devons nous abstenir de tenir compte de la situation financière d’un artiste, il faudrait que les artistes limitent le type de matériel d’appui qu’ils doivent soumettre pour soutenir leurs demandes au strict minimum, c’est-à-dire que les exemples d’œuvres antérieures ainsi que l’œuvre proposée devraient être contenus que dans de simples descriptions. Si nous voulions vraiment considérer toute chose comme égale, sans les distorsions de la situation financière, c’est de cette façon que nous devrions nous y prendre. Mais il serait absurde d’évaluer des projets visuels en étudiant que des documents textuels. La solution est pragmatique, la réalité l’impose : le mérite artistique et la situation financière sont intimement liés; les deux sont essentiels pour mesurer et calibrer l’excellence. Continuer à ignorer la réalité, c’est perpétuer la discrimination socio-économique qui s’est, au fil des ans, institutionnalisée presque à notre insu.

Le mérite artistique existe parce qu’il est rendu possible par un appui financier. Le talent est la source, mais l’argent est toujours l’outil qui lui permet de s’épanouir. Si le projet de création demeure pour certains une entreprise possible, il est pour d’autres une aventure presque impossible. Malheureusement, comme la parabole des talents le soulignait « on donne à celui ou celle qui a. Les autres pourront se faire jeter dans les ténèbres du dehors, où il y aura des pleurs et des grincements de dents [8]. »

Daniel H. Dugas
19 octobre 2015

[1] Agence du revenu du Canada, Activités artistiques et enregistrement à titre d’organisme de bienfaisance, http://www.cra-arc.gc.ca/chrts-gvng/chrts/plcy/cgd/rts-ctvts-fra.html

[2] Conseil des arts du Canada, L’évaluation par les pairs au Conseil des arts du Canada : comment sont prises les decisions, http://conseildesarts.ca/conseil/subventions/evaluation-par-les-pairs

[3] Conseil des arts du Canada, Document d’information : Révision des programmes de subventions de fonctionnement du Conseil des arts du Canada, http://conseildesarts.ca/~/media/files/council%20-%20fr/francais_review_ogp_finale.pdf p. 5

[4] Centre National de Ressources Textuelles et Lexicales, Talent, http://www.cnrtl.fr/definition/talent

[5] Le Conseil des arts du Nouveau-Brunswick, Lignes directrices pour le jury / Programmes de Création et Documentation, 1250E-Guidelines to the Jury. (Document interne)

[6] Office québécois de la langue française, 2014. Ultra-haute définition. Haute définition qui correspond à un affichage constitué de 2160 ou de 4320 lignes horizontales composées respectivement de 3840 et de 7680 pixels. http://gdt.oqlf.gouv.qc.ca/ficheOqlf.aspx?Id_Fiche=26528997

[7] Office québécois de la langue française, 2014. Définition standard, Définition des images analogiques et numériques qui correspond généralement à un affichage de moins de 720 lignes horizontales de pixels.  http://gdt.oqlf.gouv.qc.ca/ficheOqlf.aspx?Id_Fiche=26529060

[8] Wikipédia, Parabole des talents, https://fr.wikipedia.org/wiki/Parabole_des_talents

 

Jun 16, 2015
admin

Une amende est une amende est une amende (2015)

Ne voyez-vous pas que le véritable but du Novlangue est de restreindre les limites de la pensée ? À la fin nous rendrons littéralement impossible le crime par la pensée car il n’y aura plus de mots pour l’exprimer. Winston Syme, 1984

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Un article paru récemment dans l’Acadie Nouvelle a retenu mon attention. Le journal nous informe « qu’au cours de l’été, la GRC va remettre des billets de “contravention” à ceux qui font preuve d’un comportement exemplaire et sécuritaire ». Cette initiative, présentée par la ville de Tracadie, la Santé publique et la GRC récompense le comportement positif d’un jeune ou même d’un adulte en leur donnant des « amendes positives »[1].

Mais quelle est cette histoire ? On ne remettrait pas des récompenses négatives, ça ne ferait pas de sens. C’est pourtant ce qu’on dit dans le journal que les amendes sont des récompenses, alors pourquoi ne pas l’écrire sur la bannière ?

L’idée de détourner quelque chose de sa vraie nature (le mot « amende » signifie « peine pécuniaire infligée pour une infraction », pour en faire quelque chose de positif est une idée tordue. C’est foutre le bordel dans la tête des enfants — qu’on voulait au départ protéger avec des casques de vélo — que de leur enseigner des concepts erronés. Qu’une amende soit quelque chose de favorable, c’est tenter de nous faire croire que la nuit est en fait le jour. Il existe dans le novlangue, une langue inventée par Orwell pour son roman 1984, des mots trompeurs qui ont changé de sens et qui signifient le contraire de ce qu’ils exprimaient auparavant. Sommes-nous en présence d’un cas classique de doublepensée ?[2]

Et puis, comment en est-on arrivé là ? Est-ce qu’à force de porter le carcan de la Sécurité nationale nous avons perdu la capacité de détecter ce qui est vrai et ce qui est faux ? Si une amende est une chose positive, est-ce que la perte des libertés civiles l’est aussi ? Est-ce que la folie dystopique de la Sécurité nationale nous a poussés aux confins de l’absurde où la raison n’a plus de raison d’être ?

Le 8 juin 2015


[1] Acadie Nouvelle, Des amendes positives à Tracadie, David Caron.

http://www.acadienouvelle.com/actualites/2015/06/08/des-amendes-positives-a-tracadie/ : [en ligne], consulté le 8 juin 2015.

[2] Le mot clef ici est “noirblanc”. Ce mot, comme beaucoup de mots novlangue, a deux sens contradictoires. Appliqué à un adversaire, il désigne l’habitude de prétendre avec impudence que le noir est blanc, contrairement aux faits évidents. Appliqué à un membre du Parti, il désigne la volonté loyale de dire que le noir est blanc, quand la discipline du Parti l’exige. Mais il désigne aussi l’aptitude à croire que le noir est blanc, et, plus, à savoir que le noir est blanc, et à oublier que l’on n’a jamais cru autre chose. Cette aptitude exige un continuel changement du passé, que rend possible le système mental qui réellement embrasse tout le reste et qui est connu en novlangue sous le nom de “doublepensée”. George Orwell, 1984, Chapitre 9, 1948.

 

Apr 28, 2015
admin

Text(e) Image Beat – talks (2015)

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On April 28, Valerie LeBlanc and I each gave a talk at the Galerie Sans Nom during the Frye Festival.

 

pdf Text(e) Image Beat talks given through the Galerie Sans Nom and the Frye Festival, (pdf 2mb)

Apr 15, 2015
admin
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Protected: RENCONTRE DU TEXTE ET DE L’IMAGE DANS L’ŒUVRE DE THEODORE DE BRY : perspective d’analyse de données textuelles (2015)

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Daniel H. Dugas

Artiste numérique, poète et musicien, Daniel H. Dugas a participé à des expositions individuelles et de groupe ainsi qu’à plusieurs festivals et événements de poésie en Amérique du Nord, en Europe, au Mexique et en Australie. Everglades, coécrit avec Valerie LeBlanc, vient de paraître aux Éditions Prise de parole.

Daniel H. Dugas is a poet, musician, and videographer. He has participated in solo and group exhibitions as well as festivals and literary events in North America, Europe, Mexico and Australia. His tenth book of poetry, co-written with Valerie LeBlanc, Everglades has just been published by Les Éditions Prise de parole.

Everglades
À partir de leur exploration du parc national des Everglades, Daniel H. Dugas et Valerie LeBlanc cartographient dans cet essai poétique les effets de la présence humaine sur le milieu naturel, les traces qu’elle y dépose. Everglades est une ode à la beauté, à la fragilité et à la résilience d’une nature aux prises avec une espèce envahissante, la nôtre.

Everglades
Through their exploration of the Everglades National Park, Daniel H. Dugas and Valerie LeBlanc document, in this poetic collection, the effects of human presence in the natural world and the traces left behind. Everglades is an ode to the beauty, the fragility and the resilience of nature faced with the invasiveness of a particular species, ours.

Date : Mars 2018
Genre : Poésie
Collection : Poésie
ISBN : 9782897441029
Français/English

Éditions Prise de parole

http://www.prisedeparole.ca/auteurs/?id=1148

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