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Nov 15, 2012
admin

Hélas ! Atlas !

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Brume et réalité ! nuée et mappemonde !
Victor HUGO

KEYWORDS : visualisation, cartographie, cartogramme, Facebook, élection présidentielle 2012, Amérique violette

Récemment, en ouvrant mon compte Facebook, j’ai vu une image composée de deux cartes géographiques des États-Unis. La première carte illustrait les résultats des récentes présidentielles américaines [1]. On y voyait en bleu les états qui avaient voté pour les démocrates et en rouge les états républicains. La deuxième carte, datée de 1846, était une représentation des états abolitionnistes et esclavagistes avant le début de la guerre civile américaine.

Ce qui frappait au premier coup d’œil était l’apparente similarité des deux cartes, on aurait dit que la distribution des forces politiques était la même. Les états et les territoires abolitionnistes de 1846 correspondaient plus ou moins aux états démocratiques de 2012 alors que les états et territoires esclavagistes se retrouvaient dans le camp des gains républicains. L’effet était si prenant que j’ai immédiatement partagé l’image. Ce commentaire cartographique de Michelle Lawrence était accompagné de deux petites phrases : “Sometimes change is really hard especially when people don’t want to change. Just something to ponder.”

Effectivement, en examinant les deux cartes on a bien l’impression que rien n’a changé. Bref, comme le dit l’adage, plus ça change, plus c’est pareil.

Il y a dans les cartes géographiques quelque chose qui inspire le respect, un air de vérité, d’authenticité. Il est difficile de mettre en doute le réel proposé par une carte, c’est peut-être parce que nous une confiance cartographique innée. Quoi qu’il en soit, j’étais là devant cette image terrifiante d’un monde immuable, déçu d’avoir fait un si long voyage pour finalement être revenu au point de départ. Après quelques minutes, mon enthousiasme à partager s’est vite transformé en interrogation. Quel était le réel qui s’étalait devant moi ? Est-ce que le monde d’aujourd’hui est le même que celui d’hier ?

Afin de remettre le tout dans un contexte historique et de voir si l’électorat américain avait changé de position au fil du temps, je me suis mis à penser à d’autres élections présidentielles. Le raz-de-marée conservateur de Ronald Reagan de 1984 me revenait à l’esprit. Ce fut une victoire décisive des conservateurs qui n’avait épargné que le Minnesota et Washington, D.C. À l’autre bout du spectrum, il y a l’élection de 1936 où Franklin D. Roosevelt fut réélu triomphalement ne laissant aux républicains que deux petits états, le Maine et le Vermont. L’élection de Jimmy Carter en 1976 plaçait dans le camp démocrate tous les états du sud souvent associés aux républicains — une carte étrange, très différente de celle de 2012. [2]

J’avais de la difficulté à concilier toutes ces nouvelles cartes géographiques à ce discours d’immuabilité politique sous-tendu par la première image. Est-ce que les choses avaient ou n’avaient pas changées ? En regardant les résultats d’anciennes élections présidentielles, il est évident qu’il y a eu de nombreux changements, progressistes et conservateurs. Le problème avec le commentaire de Michelle Lawrence c’est qu’il est réducteur et racoleur et la difficulté de réconcilier ce qui est vu et ce qui est dit réside en partie dans l’utilisation de cartes qui ne parlent pas de la même chose. En nous présentant des images qui se ressemblent, elle nous offre une vision simplifiée du passé et du présent. Une vision tronquée, presque truquée de la réalité. On parle abondamment de l’Amérique polarisée et cette image vient soudainement témoigner de cette division. Si c’est la diversité du vote aux États-Unis qui nous intéresse, il faudrait, pour avoir une meilleure vue d’ensemble, consulter les cartes de l’Amérique violette (Purple America) [3] ou encore la surprenante série de cartogrammes des résultats des élections présidentielles de 2012 réalisée par Mark Newman de l’Université du Michigan. [4]

Cartogramme des élections présidentielles étatsuniennes-comté par comté, Mark Newman

Mais voilà, c’était fait, je venais, dans un élan d’enthousiasme irréfléchi (comme c’est souvent le cas sur internet), rejoindre 45 000 autres utilisateurs de Facebook qui venaient eux aussi de partager le commentaire. La proposition visuelle des deux images juxtaposée semblait de prime à bord offrir une synthèse éloquente, mais en fin de compte nous avons tous été dupés. Le raccourci n’était pas un piège, ce n’était qu’un cul-de-sac.

Daniel Dugas
12 novembre 2012

Notes
[1] Compte Facebook Michelle Lawrence, 10 novembre, 2012
http://www.facebook.com/michelle.lawrence.92754
[2] Le site internet 270 to win  offre des cartes interactives de toutes les élections présidentielles depuis 1789. Afin de remettre les cartes dans leur contexte, on dresse une liste des grandes questions de l’actualité de l’époque. http://www.270towin.com/ 10 novembre 2012
[3] Robert J. Vanderbei, Election 2004 Results: http://www.princeton.edu/~rvdb/JAVA/election2004/ 10 novembre 2012
[4] Mark Newman, Department of Physics and Center for the Study of Complex Systems, Maps of the 2012 US presidential election results : http://www-personal.umich.edu/~mejn/election/2012/
voir aussi : 2012 U.S. Election Visualizations, Christopher G. Healey, Department of Computer Science, North Carolina State University http://www.csc.ncsu.edu/faculty/healey/US_election/

 

Sep 27, 2012
admin

Une Chance (2012)

Ce texte a été écrit dans le cadre des consultations publiques du Renouvellement de la politique culturelle 2012 au Nouveau-Brunswick.

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Un artiste ne peut attendre aucune aide de ses pairs.
Jean Cocteau

Les artistes sont les juges compétents de l’art, il est vrai, mais ces juges compétents sont presque toujours corrompus. Un excellent critique serait un artiste qui aurait beaucoup de science et de goût, sans préjugés et sans envie. Cela est difficile à trouver.
Voltaire

Si ces deux citations évoquent un certain malaise, la situation actuelle de l’artiste et de l’art pourrait être beaucoup plus sérieuse qu’on ne le pense. Les arts, quoiqu’on en dise, ne sont pas nécessaires à la survie de l’humanité. Ils sont peut-être indispensables à la survie de certains individus, j’en conviens et j’en suis un pour qui l’importance de l’art est essentielle, mais l’humanité est très peuplée. On se rappellera que les arts et la créativité se trouvent au sommet de la fameuse pyramide des besoins d’Abraham Maslow [1], si le sommet est une position enviable, la vue y est très belle, c’est malheureusement la représentation du besoin le moins pressant à combler. L’art semble être au-dessus, mais se trouve derrière les besoins d’appartenance, les besoins de sécurité du corps et de l’emploi, derrière les besoins physiologiques; manger, boire, dormir, respirer. Cette affirmation peut sembler cruelle, surtout pour les artistes qui persistent à créer contre vents et marées, mais elle reflète une cruelle vérité.

La beauté de la chose et la difficulté de la chose, c’est que les artistes feront ce qu’ils ou elles pensent devoir faire. On parle de vocations, de penchant impérieux qu’un individu ressent pour une profession. Quoi qu’on en dise, un artiste n’est pas comme un agent d’assurances, un analyste financier, un anthropologue, un anesthésiste réanimateur, un archéologue, un avocat, un cardiologue, un charcutier, un chef cuisinier, un concierge, un conseiller en toxicomanie, un démographe, un dentiste, un dynamiteur, un directeur du marketing, un économiste, un électricien, un facteur, un géologue, un historien de l’art, un infirmier, un ingénieur minier, un journaliste, un linguiste, un mathématicien, un négociateur en bourse, un pharmacien, un sapeur, un technicien en construction aéronautique, un téléphoniste, un traducteur ou un zoologiste. L’artiste est le seul qui soit prêt à faire son devoir sans rémunération. Personne d’autre n’est prêt à commettre une telle bêtise, aucune autre profession n’offre ça.

Il n’y a pas si longtemps un artiste qui exposait son travail dans une galerie s’attendait à recevoir un cachet CARFAC pour sa participation [2]. Ce temps est révolu, et ce même s’il y a une campagne publicitaire qui circule sur la toile et qui trompette : Je suis un artiste, ça ne veut pas dire que je travaille gratuitement. La fanfare perd un peu d’ardeur lorsqu’on réalise qu’en octobre 2011 la campagne de réélection de Barack Obama lançait un appel d’offres invitant des graphistes à faire don de leurs dessins pour une affiche [3]. Il y a de plus en plus d’artistes qui sortent des écoles d’art, toujours plus nombreuses, de plus en plus de demandes de bourses, d’expositions, de plus en plus d’effervescence. Ce bouillonnement d’activités coïncide avec l’émergence d’une nouvelle sensibilité de partage; on n’a qu’à penser aux conditions de réutilisation ou de distribution d’œuvres, établies par Creative Commons [4] ou encore le phénomène de l’externalisation ouverte (crowdsourcing) [5] . Dans le fond tout ça c’est excellent, le problème c’est que les administrations ne vont pas toujours au même rythme que les administrés. Comment rationaliser, comprendre d’une manière cohérente et logique la dynamique de développement d’un centre d’artiste autogéré qui reçoit plus de 200 demandes par année alors qu’il n’offre que 3 expositions ! Quelles sont les possibilités qui s’offrent aux artistes émergents ou encore à ceux et celles qui réémergent ? Nous vivons dans une société de concurrence et les arts font face à la même musique, à la même folie. La réalité, c’est qu’un artiste est maintenant heureux, bienheureux de participer à un événement, de faire partie d’une exposition, et ce même s’il n’y a pas de cachet, car on le sait maintenant, l’invisibilité tue.

Que peut-on faire devant une telle réalité ? Investir plus d’argent dans les arts ? Sûrement, c’est une solution, mais là n’est l’objet de mon intervention. Ce que j’aimerais suggérer ici, ce n’est pas une augmentation des budgets, c’est l’introduction d’un élément de flexibilité, de spontanéité dans le lourd appareil bureaucratique de l’administration des arts. Pour ceux et celles qui ont participé à un jury ou pour les agents des Conseils des Arts, il est évident que ce n’est pas toutes les bonnes demandes qui reçoivent des bourses. Il est toujours malheureux, en fait déchirant, de voir des projets de très grandes qualités tomber dans l’oubli et la négation. La solution que je propose est la suivante : que les Conseils des Arts réservent un pourcentage du budget total d’un jury, d’une compétition ou d’un programme, disons par exemple de 5 % d’un budget de 140,000 $ (7,000 $) et qu’ils procèdent à un tirage au sort avec les demandes qui se sont distinguées, mais qui n’auraient pas reçu de bourse. Cette façon de procéder ne réglerait pas tous les problèmes qui existent, mais donnerait la chance à quelqu’un qui n’en aurait pas eu. Cette chance me semble être quelque chose d’essentiel. Cocteau et Voltaire l’ont bien remarqué. Si les artistes ne peuvent pas toujours compter sur leurs pairs pour les aider, le hasard pourrait s’en charger.

Daniel Dugas
Moncton, 26 septembre 2012

Daniel Dugas porte plusieurs chapeaux, une calotte de poète, un bonnet de vidéaste, une casquette de musicien et un feutre de graphiste. Son travail est visible à www.daniel.basicbruegel.com

 

[1] Site officiel de Abraham Maslow: http://www.maslow.com/
Wikipédia Abraham Maslow: http://fr.wikipedia.org/wiki/Abraham_Maslow
[2] CARFAC: http://www.carfac.ca/
[3] Rolling Stone Magazine, TIM DICKINSON, Obama Solicits Designers to Work – Unpaid – on … Jobs Poster! http://www.rollingstone.com/politics/blogs/national-affairs/obama-solicits-designers-to-work-unpaid-on-jobs-poster-20111019
Voir, Art Works a poster contest to support American Jobs : https://my.barackobama.com/page/s/artworks-submission
Voir, Design for Obama: http://designforobama.org
[4] Creative Commons: http://creativecommons.org/
[5] Externalisation ouverte : Pratique qui consiste pour une organisation à externaliser une activité, par l’entremise d’un site Web, en faisant appel à la créativité, à l’intelligence et au savoir-faire de la communauté des internautes, pour créer du contenu, développer une idée, résoudre un problème ou réaliser un projet innovant, et ce, à moindre coût. Office québécois de la langue française, 2010

 

Jul 8, 2012
admin

Soundbury – Commentaire par Thierry Bissonnette

Soundbury
Thierry Bissonnette

Soundbury
Thierry Bissonnette

Français
Daniel Dugas et Valérie LeBlanc se sont faits chasseurs ­cueilleurs sonores lors de la foire d’art sudburoise. Ces artistes de Moncton ont déambulé parmi les activités de la FAAS 2010 afin de prélever des séquences qui formeraient Soundbury, une collection en ligne de moments audio qui livre leur vision singulière d’une période effervescente sous la forme d’une «cartographie sonore de Sudbury».

Durant douze heures, Dugas et LeBlanc ont promené leurs micros pour capter des moments témoins de leur dialogue silencieux avec une ville et des artistes qui l’animaient. Ces moments sont fortuits, discrets, hétéroclites : un ruban adhésif qui flotte au vent, un tenancier qui réfléchit sur le retour tardif de la neige, un commentaire sur des bonhommes de neige intempestifs, un homme qui fait rouler son chariot sur le pavé de la rue Elgin, un poème énoncé dans une chambre d’hôtel, l’attente près des portes de la galerie d’art, l’essai de guitares dans une boutique… Affichées progressivement sur le site Web et représentées par une photo et une rubrique, ces séquences sonores naviguent entre l’art et le non-art apparents.

L’imaginaire de l’objet, du sujet et du récepteur sont inhérents à ces fragments sonores. Car si Soundbury a fouillé la ville pour y trouver des bouts d’âme, sa structure n’est complétée que par l’auditeur qui s’engage à composer un parcours. Ce faisant, on crée et on explore une ville miniature qui n’existe que dans l’ouïe, le temps d’une visite en diagonale.

English
Arriving from Moncton, Daniel Dugas and Valerie LeBlanc became hunter-gatherers of sounds during Sudbury’s alternative arts festival. Drawing from their rich background in online projects and exhibitions – he is a poet, she is a professor, and both are videographers – they meandered through the activities of the FAAS 2010 to capture audio clips that would eventually provide raw material for Soundbury, a collection of moments in sound expressing their particular vision of an effervescent time.

Soundbury can now be heard in its entirety on the site http://soundbury.wordpress.com. Its creators describe it as “a sonic cartography project, an audible image of the city of Sudbury” Over a twelve hour period, Dugas and Leblanc pointed their microphones at key moments that witnessed their silent dialogue with a city that was teeming with artists and writers, but also with the city’s more discrete aspects. This affinity for dialogue is also evident in the title of Daniel Dugas’ book of poetry, Hé!, which had recently been published by Prise de parole. Chance encounters often produce this familiar and fabulous exclamation.

As they brought back a number of short-lived moments, the two artists constructed a mish-mashed intersection that nonetheless bears their signature at its vanishing point. Thirty rubrics, each one introducing one or two sequences, were gradually uploaded onto the site. Today, they can be heard in the reverse order or in a non-numerical order. A visiting ear can wander as it pleases, starting with the final clip where trains pass by in the night, moving on to a moment captured at Peddler’s Pub on Cedar Street, or pausing by a ventilation outlet behind Durham Street, before opening a small window on the performances of Tania Lukin or Thierry Marceau. A strip of adhesive tape flutters in the wind; a tenant reflects on the unseasonal snowfall; someone comments on untimely snowmen; a man pushes a buggy over pavement on Elgin Street; a poem is read in a hotel room; patrons wait outside the art gallery; guitars are strummed in a music store… all these clips, each one represented by a still photo, plot a course between art and apparent non-art. Should a listener be so inclined, more than one clip can be heard simultaneously.

As we sift through this collection, we realize ever more clearly how these brief fragments combine the imagery of their objects, subjects and receivers. Soundbury tunneled into a city to find flecks of its soul, but its structure is not complete until the listener has recomposed its trajectory and created a miniature city that exists only in the vibrations of eardrums and in the moments of a visit in passing.

For a general overview of the experience, visit http://soundbury.wordpress.com/google-map/, where a map indicates all the places where audio samples were obtained. A click on a mark displays the corresponding title and still image, and the audio sequence can be played. The result is an unusual map that can be used to discover downtown Sudbury, thanks to two generous artists from New Brunswick.

Hors Lieux
Une Rétrospective de la foire d’art alternatif de Sudbury 2010,
Français : p 23
English: p 61-62
La Galerie du Nouvel-Ontario

ISBN 978-2-923024-51-6

Feb 2, 2011
admin

Une mouche du printemps (2011)

Aujourd’hui c’est l’incontournable, l’inévitable jour de la marmotte. Verra-t-elle son ombre ? Serons-nous sous l’emprise de l’hiver jusqu’à la fin de l’hiver ou pire, jusqu’à l’été prochain ? Peu importe, cet après-midi j’ai vu une mouche qui dormait comme une marmotte. Elle était immobile, comme en état d’apesanteur sur une vitre extérieure, agrippée dans le gel. Des flocons de neige tombaient et venaient s’accrocher à ses pattes.

 

Dec 1, 2010
admin

Le système d’évaluation par les pairs – Entretiens Jacques Cartier (2010)

Table ronde 3 : Évaluer le mérite artistique: repères, évaluation et principaux acteurs? Une discussion entre évaluateurs et personnes évaluées.

Dates : Lundi 22 et Mardi 23 novembre 2010
Lieu : Conservatoire de Lyon 4 montée Cardinal Decourtray 69231 LYON cedex 05

Je participais le mois dernier au colloque — Le soutien public aux arts à l’ère de la montée culturelle des grandes villes dans le cadre des Entretiens Jacques Cartier qui ont eu lieu à Lyon du 19 au 25 novembre 2010. Il y a eu de très bonnes présentations, dont une conférence du sociologue Pierre-Michel Menger sur les arts, leurs marchés et leurs systèmes d’évaluation. Pour plus d’information, voir la série d’entretiens vidéo disponibles sur le site de Daily Motion

 

J’ai été invité par le Conseil des Arts du Canada, à prendre part, à titre de panéliste, à une table ronde animée par Aimé Dontigny agent de programme au Conseil des Arts. Le débat s’est déroulé autour de la question de l’évaluation du mérite artistique et plus particulièrement le modèle canadien d’évaluation par les pairs. Karla Étienne, danseuse et adjointe à la direction de la compagnie de danse Nyata Nyata de Montréal ainsi que Thierry Pariente directeur général de l’École nationale supérieure des arts et techniques du théâtre de Lyon y participaient aussi.

Le système d’évaluation par les pairs est quelque chose que nous tenons ici au Canada pour acquis.  Ma participation m’a donné l’opportunité d’examiner, avec un recul critique, les processus décisionnels et les conséquences des choix qui sont faits.

Il est évident qu’en 45 minutes, il soit impossible de débattre de tous les aspects d’un tel système.  Il reste que l’exercice nous as permis, ainsi qu’au public présent, de cerner les grands enjeux et les grands défis de ce modèle.

Voici le texte que j’ai lu comme introduction à ma participation.

Évaluation par les pairs

Le fait d’être choisi pour choisir est un honneur et une grande responsabilité. La tâche de sélectionner en groupe, est une activité intense quelquefois frustrante, souvent épuisante.

C’est une chance inouïe de voir ce qui se fait, à l’échelle du pays, dans une discipline donnée.  C’est un instantané de grande qualité, une image fantastique d’énergie, d’explosion et de défis.

Toutes les fois, où j’ai eu l’occasion de servir sur un jury, j’ai été étonné de voir l’immense qualité du travail présenté.  Tous les demandeurs qui ont soumis une demande ont travaillé une semaine, deux semaines ou plus encore. Ils ont expliqué leur projet, défini leurs attentes, leurs démarches; ils ont cherché des partenaires; des lieux de diffusions; ils ont calculé des budgets, bref ils ont projeté dans l’avenir une partie d’eux-mêmes.  L’investissement est lourd de sens et il est toujours crucial.

Mon point de départ personnel est fondé sur le respect de chaque individu, de chaque rêve. Idéalement, tout le monde devrait recevoir une bourse et pourquoi pas ? Tout le monde a travaillé tellement fort. Malheureusement, les banquiers nous disent que cela n’est pas possible, d’où la nécessité de partager, de juger, de trancher.  Il n’y a pas debail out pour les artistes.

Contribuer à la réalisation de sens est un sentiment unique, mais en même temps les rêves qui se brisent, qui s’effondrent par suite des décisions de jurés, ont de lourdes conséquences. Pour ceux et celles qui recevront, par la poste, une lettre de refus, nous sommes — nous les pairs — l’enfer éternel où nous brûlerons jusqu’à la prochaine date limite.

Le modèle d’évaluation par les pairs n’est pas un modèle parfait, mais c’est celui que nous utilisons. C’est vraiment un genre d’autobus à deux segments, connecté par une espèce d’accordéon qui se plie et se ploie sur la route sinueuse des choix à faire. C’est un modèle qui se rapproche, d’une certaine façon, de l’Encyclopédie Wikipédia. Il n’y a pas un usager, ou un juré qui détient la vérité universelle. La réalité se dessine, au fur et à mesure, lentement, par couches successives, superposées, juxtaposées. Elle devient, dans ce grand projet de collaboration entre individu et communauté, l’âme mouvante qui nous représente dans ce moment éphémère.

Le processus est simple et mystérieux à la fois. Une journée, sans crier gare, le téléphone sonne.  C’est un agent du Conseil des Arts qui tient devant le combiné une invitation à siéger. Une fois les détails réglés, on vous envoie une boîte de cahiers à lire, 500, 1000, 2000 pages de rêves, de chiffres, de curriculum vitae. Tous ces livres doivent être lus, commentés et notés avant la réunion.

Daniel Dugas
Le 23 novembre 2010
Moncton NB — Lyon, France

 

Jun 19, 2010
admin

Super belle roche noire (2010)

Lorsque j’ai participé au Salon du livre du Grand Sudbury au mois d’avril dernier, les organisateurs avaient un cadeau pour chaque auteur. Le sac qu’on m’a remis, dans le lobby de l’hôtel, était très lourd, j’ai pensé tout d’abord que ça pourrait être du chocolat mais je me suis vite rendu compte que ce n’était pas le cas. J’ai glissé ma main dans le sac, à l’aveuglette. L’objet mystérieux, enveloppé dans du papier cadeau, était solide, dur. Je l’ai sorti comme un lapin d’un chapeau et je fus surpris de voir qu’on m’avait donné une pierre. Je l’ai bien regardée, examinée, je l’ai tournée en tout sens. Mais cette roche était différente, on aurait dit qu’elle était tombée de la lune. Elle avait l’aspect d’une pierre ponce, mais sa dureté et sa lourdeur n’étaient pas des qualités attribuées aux pierres volcaniques. J’étais devant autre chose. Elle était noire avec des reflets rougeâtres. Perplexe, j’ai regardé à nouveau dans le sac pour voir s’il y avait d’autres indices, d’autres renseignements, et j’ai trouvé cette carte qui expliquait tout :

 

Si vous avez ouvert votre sac avant de lire le contenu de la carte vous vous dites peut-être : Hein? Ils nous donnent une roche comme cadeau? Mais, chers invités, ce n’est pas seulement une roche. Oh! Que non. C’est un morceau de slague. De la slague? Dites-vous. Hé oui! De la slague, disons-nous

Malheureusement, il n’y a pas de définition pour la slague ni dans le Petit Robert, ni dans le Multi Dictionnaire. Nous avons cependant trouvé une définition parfaite dans le dictionnaire improvisé de la roche noire de Sudbury. Alors, la slague c’est : de la super belle roche noire qui reste après qu’on fait fondre le minerai pour obtenir du nickel;. Voilà. Et on en trouve ici à la tonne. Plusieurs milliers de tonnes en fait. Donc, on vous en offre. En cadeau. En passant votre morceau est unique. Vous ne trouverez pas un autre morceau de slague comme le vôtre sur toute la planète.

Nous avons imaginé que votre morceau de slague pourrait servir de presse papier. Pal mal hein? Mais on vous invite à nous proposer d’autres utilités potentielles et uniques pour la slague. On serait ravi, en fait!

Bienvenu au salon du livre du Grand Sudbury, votre aventure littéraire chez nous.

L’équipe du SLGS 2010.

 

Alors voilà, j’ai ramené ma slague chez moi. À l’aéroport, l’agent de sécurité, qui vérifiait mon sac à dos, a trouvé la roche et avec un grand sourire, il a dit :

Ah d’la slague!

J’ai pensé que la pierre pourrait être considérée comme une arme dangereuse, un objet contondant, et qu’il me la confisquerait mais non, il l’a remise dans mon sac et m’a souhaité un bon voyage.

Lorsque je suis arrivé chez moi, j’ai tenté de trouver l’endroit idéal pour ma roche à moi et qui dit haut-fourneau dit Dante! J’ai un petit buste en bronze du poète et je l’ai déposé sur le socle de slague. Sympathique.

 

Je me suis ensuite dirigé côté jardin, où un petit buste romain, fait en Chine et acheté pour un dollar au Dollarama, siège sur un poteau de bois traité dans la cour. J’ai bien aimé le contraste de la pierre noire avec la blancheur du buste mais ce n’était quand même pas l’endroit parfait.

J’ai aussi pensé à l’utiliser comme balle de ping pong mais sans grand succès.

Tout à coup j’ai eu un éclair de génie, la slague qui est très dure pourrait résoudre le problème de pédale d’accélération de ma Toyota Corolla! Je l’ai donc coincée derrière l’accélérateur en pensant avoir trouvé l’utilisation plus que parfaite. Quoique la couleur de la slague se mariait très bien avec la couleur du tapis, j’ai dû me résoudre, au premier rendez-vous, à l’enlever.

Finalement je l’ai mise sur le rebord de la fenêtre de la cuisine. Je la vois chaque matin flanquée de chaque côté de ses amis les cactus.


 

Oct 30, 2009
admin

La vente de feu d’énergie NB (2009)

Le Nouveau Brunswick aspire à l’autosuffisance en de débarrassant d’un outil essentiel à son développement. Comment allons nous être autosuffisants si nous devenons économiquement dépendants de nos voisins?  C’est comme si un naufragé jetait son gilet de sauvetage en échange d’une vague promesse d’être repêché. Énergie NB est en dérive parce qu’elle est mal gérée et c’est probablement pour cela que son président David Hay reçoit des bonus.

 

Si on est vraiment intéressés à avoir des tarifs encore plus bas, pourquoi ne pas vendre une partie du Madawaska, ou peut-être l’île Miscou tout entière.  Et pendant qu’on y est, pour baisser le prix du lait qui ne cesse d’augmenter, Shédiac, Bouctouche et la Sagouine pourraient être cédés en bloc au plus offrant.  Une partie des profits pourrait sûrement être utilisés pour payer une autre firme de marketing afin de trouver un autre slogan qu’ ÊTRE…ICI ON LE PEUT.   La vente d’Énergie NB veut dire exactement le contraire :  ICI…ON NE PEUT PAS ou ON N’EN PEUT PLUS

Cher Mr. Graham, même si l’excellent slogan de la nationalisation d’Hydro Québec en 1962 était : MAÎTRE CHEZ NOUS, ils n’ont pas besoin de l’être chez nous.  Si vous aimez troquer pourquoi ne pas faire comme la ville de Clark au Texas qui a échangé son nom pour DISH.  En échange les résidents de la ville ont reçu, gracieuseté de DISH Network, un service de télévision de base pour dix ans ainsi qu’un magnétoscope numérique.

On pourrait changer le nom de notre province pour Bombardier pour avoir le privilège de faire une heure de Sea Doo dans la baie de Shédiac à chaque été ou Molson en échange d’une caisse de 12 à chaque Noël.  On pourrait même faire un référendum!

 

Dec 7, 2008
admin

Lettre à la Gouverneure Générale (2008)

Madame la Gouverneur générale

Je suis déçu d’apprendre que vous avez accordé à Monsieur Harper l’autorité de fermer le Parlement.  Tristement on dirait une scène de Ubu Roi.  Le Premier Ministre, incapable de mesurer la gravité de ses actions a créé une situation explosive.  Nous voilà du coup replongé dans des tiraillements régionaux sans fins et ce en plein milieu d’une crise économique mondiale.  La hargne des conservateurs envers les députés du Bloc Québécois est un geste abject qui n’a pas sa place dans une démocratie.  La prochaine étape est sûrement de les proscrire, de les chasser de la colline.  Notre Premier Ministre n’est pas un rassembleur, il est de ceux qui attisent les divisions.  Régner par la dissension n’est pas une nouveauté, ce qui est nouveau ici c’est votre soutien, votre approbation.

Je suis bouleversé quand je regarde le comportement arrogant de Monsieur Harper.  Je suis consterné quand j’entends le discours aliénant des conservateurs. Quelle fourberie! Je pense aux jeunes qui regardent ce qui se passe et je me dis que ce n’est pas un très bon point de départ, que ce n’est pas une belle éducation.  Une des priorités de votre mandat est le programme jeunesse.  Vous encouragez les jeunes « à tisser des réseaux de solidarité entre eux et à s’allier la collaboration des autres générations dans leurs projets »  En soutenant le gouvernement vous encouragez la jeunesse à s’abîmer dans le désillusionnement.  Si la démocratie peut si facilement être détournée, ici chez nous, au Canada, quelles sont les chances pour quelle puisse vraiment exister ailleurs?

 

Mar 17, 2008
admin

This is art VS This is not art (2008)

8:44 am
The cold is intense.  My walk to the College is like an expedition.  My head is in there, somewhere under the layers.  As I breathe frost is forming on my scarf and face.  I feel the cold creeping into my fingers and back.  It is starting to get in through my boots.  Under my hood, all I hear is the resonating squeak of my footsteps like a walk in Styrofoam moon boots.  It hurts.

8:49
The SAIT campus is already bustling with people.  We look like steam engines, puffing white clouds of life that freeze in mid air.  I think it’s minus 40C.
Choo! Choo!

8:52
Horror!  I spot a conductor/student walking leisurely.  His steam is thick like molasses.  He isn’t even wearing a tuque.  He has a jacket with a hood but he is not covering his head!  His face is calm.  The man appears to be immune to pain.  I am thinking, he looks like me in July…

8:53
As I continue, I think that the man must have lost his power of thought.  Then, it strikes me that I am witnessing a performance, an art performance.  As Laurie Anderson once played violin while her standing with her ice skates frozen into a block of ice, I interpret that this man was doing something amazing.  I just didn’t realize it at the exact moment.

8:57
I arrive – I have made it!  I am finally at ACAD.  The warmth of the mall hits me like a wall of bliss.  Others have arrived at the same time; all look stunned by the brutality of the cold.  We move slowly while our clothing regains some sort of flexibility. The mall is filled with the wonderful works of the First Year Studies Exhibition.  Near the elevators, there are a few men kneeling down beside their buckets of cement.  They are busy repairing broken tiles and have set up a barricade with yellow tape.

9:36
On my way to the Faculty lounge I notice that the monitor of the Diversity booth, which sits in the middle of the Mall, is sporting a black label stuck in the middle of the screen.  The label has been made with an old label maker and the white letters state: THIS IS NOT ART.  I gaze around the mall before reading the label again.  My first thought is that the label points conceptually to surrealist René Magritte’s painting, The Treachery Of Images*.  This is after all, an Art school, throbbing with ideas.  Satisfied, I continue to the Faculty Lounge.  Then…

9:49
I have this weird feeling that maybe the statement on that label was not so layered, not so complex.  Maybe someone, here in the innards of this laboratory, needs to have things labelled according to the TELL ME WHAT IS THIS book.

10:31
Time flies.  My Sound I class is finishing the set up for a laptop performance in the arthole.  Things are going well in the placement of two tables, a P.A. system, and with an orderly jungle of cables and adaptors, 8 laptops have been wired up and are ready to go.  Tim from the AV has been helping us.  The idea for our performance is to sample sounds with a microphone and create real time loops with the material.  As there are 8 loops created at any moment it becomes clear that this is as much a sonic experimentation as an exercise in listening.

11:12
We have been creating texture and rhythm for 30 minutes now.  Some of the results are curious, some are engaging, and some make for difficult listening.

11:13
The group has developed a minimal soundscape, almost inaudible, which makes the ghetto blaster of the café overpowering.  After a while I decide to ask the café staff to lower its music.  The person I ask looks at me without speaking.  Without words, the message to me is of the unhappiness of being forced to listen to sound art.  The unspoken words might be that the sound experiment is cutting into the musical dreamscape.  I thank him for lowering the sound of the ghetto blaster.

11:14
On my way back to the laptop area, I realize how bizarre this non-comment is.  I mean this is an Art school.  This is a ‘laboratory environment that is committed to unconstrained inquiry’.  I begin to wonder many students, here at school, boast a dislike for abstract painting over landscape painting, or for curved shapes over square angles, or for lights that are not of the hue prescribed in the TELL ME WHAT IS THIS SO I CAN MAKE SENSE OF IT book.  If there is aesthetic intolerance here, one can only imagine how dangerous it is outside of the lab.

11:40
The performance is over.  We have taken all of the equipment down.  On our way back to the fourth floor I notice that the workers who were repairing the broken tiles are gone.  They have left warnings on the barricade.  The warnings state: DO NOT TOUCH.  THIS IS NOT AN ARTWORK.

11:40:02
YIKES!  Is this another Treachery Of Images or is it just the steam from our mouths making it difficult to see?  It is not yet midday and the opportunity to generate dialogue has raised its head three times.

Daniel Dugas

* The Treachery Of Images (La trahison des images 1928-29) is a painting by Belgian Surrealist painter René Magritte, famous for its inscription Ceci n’est pas une pipe.

NB – All of these events took place, not exactly at the times stated here.

 

Jan 13, 1999
admin

Quel est le rôle de l’avant-garde en arts visuels en Acadie? (1999)

Quel est le rôle de l’avant-garde en arts visuels en Acadie?

Lorsqu’on m’a demandé d’écrire sur le rôle de l’avant-garde en Acadie, ma première réaction n’a pas été des plus enthousiastes. Le terme avant-garde est un mot fourre-tout où se retrouve à peu près n’importe quoi. Du salon de coiffure avant-garde à l’avant-garde russe, il y en a pour tous les goûts.

Alors j’ai dû me poser la question de savoir, non pas quel est le rôle de l’avant-garde en Acadie, mais bien si l’avant-garde existait encore et si elle pouvait exister ici. Laissez-moi vous dire ce que j’ai trouvé: “Ils sont le plus souvent pendus, roués de coups, mis aux piloris, ou condamnés à divers supplices.”

C’est ainsi que Voltaire, dans son dictionnaire philosophique, parlait des prophètes. On pourrait en dire presque autant des artistes de l’avant-garde, car les deux font un peu le même métier. Tous les deux sont des tranches-montagnes sans égal.

Ils courent en ligne droite, devancent le Temps, et après avoir gagné quelques mètres d’avance, ils se retournent rapidement et font, à ce Temps inexorable, un pied de nez magistral. Mais voilà, les artistes de l’avant-garde sont le plus souvent ignorés et laissés à eux-mêmes. L’abandon est leur supplice. On a bien dit de Jeff Koon qu’il était the last bit of methane in the intestine of the dead cow of post-modernism [1] , mais en général le désintéressement est presque de rigueur.

L’avant-garde à bout de souffle

Il est impossible de parler de l’avant-garde sans parler du courant dominant – du mainstream – (est-ce à dire que le public est dominé?). Ce courant, qui nous traverse de toutes parts, aime bien l’homogénéité et la rareté d’alternatives. L’avant-garde, elle, se plaît à trouver de nouveaux sentiers, elle explore et quelquefois elle s’égare, et avec elle son public. Elle est souvent difficile à saisir parce qu’elle exige un regard critique. La plupart d’entre nous allons au cinéma ou à la galerie d’art pour nous divertir. L’avant-garde interroge. Pendant que Céline Dion cash in, Yvonne Rainer pose des questions. C’est comme ça…

L’artiste d’avant-garde a été une sorte de prophète des temps modernes. Il fut l’audace même, le précurseur, l’annonciateur qui prépare la venue. Il a souvent été téméraire, arrogant, impertinent, insolent et sans gêne. L’avant-garde a été, au fil de notre siècle, Russe, dada, surréaliste, Léttriste, SI, IMIB, Cobra, Fluxus, néo géo, etc.

Le prophète et l’artiste d’avant-garde, parce qu’il sont en avance sur leur temps, ne peuvent que prétendre jouer le rôle de précurseurs. Ce qu’ils annoncent n’est pas encore là pour leur donner raison. Le Temps est l’outil avec lequel ils fabriquent leur oeuvre et le Temps est devenu un outil de paradoxe. Si le mouvement artistique d’avant-garde s’inscrit dans le XXe siècle, il est au seuil du second millénaire, à bout de souffle et semble manquer de cette pertinence qui fut pendant si longtemps son fer de lance.

Cette perte est attribuable à un fait fondamental : Le Temps s’est dérobé sous ses pieds. L’avant-garde se bute à une élasticité temporelle qui caractérise notre époque. Car comment prédire, comment être le précurseur de n’importe quoi lorsque l’ère dans laquelle nous vivons est un melting pot de toutes les époques?

Dans les revivals des années 50, 60, 70 et bientôt 80, qu’est-ce que le futur sinon des réalités de plus en plus virtuelles, de plus en plus floues et sans attache. La vitesse à laquelle la publicité, par exemple, récupère tout ce qui est nouveau, tout ce qui est audacieux, rend l’audace moins imprudente qu’elle le semblait dans les décennies précédentes.

C’est une époque où les décorateurs de bureaux sont devenus des conservateurs d’art. Avec la chute du mur de Berlin et de l’Union Soviétique, l’avant-garde n’a cessé de glisser sur une peau de banane historique.

Une paralysie de l’audace

Nous vivons maintenant dans une ère où la réussite est tellement importante, ou le besoin d’approbation est tellement fort, qu’il s’est créé une espèce de paralysie de l’audace. Il existe des artistes en début de carrières qui parlent de la peur de commettre des erreurs. C’est aberrant. L’avant-garde est morte il n’existe que de l’art actuel, de l’art d’aujourd’hui.

C’est dans l’art contemporain que les gestes de création extraordinaires existent, ici comme ailleurs, mais comme tout, ils sont de plus en plus guidés par cet esprit d’entreprise, de stratégie et de plan d’affaires. L’art d’avant-garde n’existe plus parce que le Temps est devenu mou et ne peut plus être devancé. Il n’existe que deux choses : l’art contemporain et le folklore. Et ce qui n’est pas actuel est nécessairement nostalgique.

En Acadie les deux coexistent de façon pacifique sans faire de remous, paisiblement. L’un regarde aujourd’hui et l’autre se rappelle d’avoir vu.

L’eau qui stagne est la première à geler

La vraie question donc, est de savoir quel est le rôle de l’art contemporain en Acadie ou si la possibilité de prendre des risques existe encore pour les artistes acadiens. Malgré des limitations évidentes à plusieurs niveaux – le NB et l’I-P-E sont les seules provinces au Canada à ne pas avoir de centre de production vidéo géré par des artistes, quoique la galerie Struts de Sackville vient de créer récemment la structure de leur nouveau Media Centre mais il reste encore beaucoup à faire avant que les artistes puissent y créer – il y a ici des communautés artistiques talentueuses et il existe quelques institutions qui devraient être capables d’infuser aux artistes ce désir de repousser un peu plus loin la frontière du connu et de l’inconnu.

L’art acadien ne fonctionne pas en vase clos, il ne peut que s’insérer dans un discours qui s’articule à l’échelle mondiale. Et pour être effectif, l’art acadien doit défier les conventions, tabasser les traditions et questionner les gestes et les rêves de la société et de l’individu.

[1] Attribué à l’ écrivain et historien d’art d’origine australienne Robert Hughes.

 

*

L’auteur est artiste pluridisciplinaire et enseignant à l’Université de Moncton.
Publié: publié dans le Ven’d’est, numéro 82, janvier 1999, pp 29 – 31

Pages:«123»

Daniel H. Dugas

Artiste numérique, poète et musicien, Daniel H. Dugas a participé à des expositions individuelles et de groupe ainsi qu’à plusieurs festivals et événements de poésie en Amérique du Nord, en Europe, au Mexique et en Australie. Everglades, coécrit avec Valerie LeBlanc, vient de paraître aux Éditions Prise de parole.

Daniel H. Dugas is a poet, musician, and videographer. He has participated in solo and group exhibitions as well as festivals and literary events in North America, Europe, Mexico and Australia. His tenth book of poetry, co-written with Valerie LeBlanc, Everglades has just been published by Les Éditions Prise de parole.

Everglades
À partir de leur exploration du parc national des Everglades, Daniel H. Dugas et Valerie LeBlanc cartographient dans cet essai poétique les effets de la présence humaine sur le milieu naturel, les traces qu’elle y dépose. Everglades est une ode à la beauté, à la fragilité et à la résilience d’une nature aux prises avec une espèce envahissante, la nôtre.

Everglades
Through their exploration of the Everglades National Park, Daniel H. Dugas and Valerie LeBlanc document, in this poetic collection, the effects of human presence in the natural world and the traces left behind. Everglades is an ode to the beauty, the fragility and the resilience of nature faced with the invasiveness of a particular species, ours.

Date : Mars 2018
Genre : Poésie
Collection : Poésie
ISBN : 9782897441029
Français/English

Éditions Prise de parole

http://www.prisedeparole.ca/auteurs/?id=1148

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