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May 24, 2020
admin

Sur la route (2020)

Le sentier Ruisseau Rabbit à Moncton fait tout au plus trois kilomètres et demi de longueur. Ce n’est pas l’un des grands sentiers de l’Amérique du Nord, mais je l’emprunte régulièrement, il traverse le territoire, la zone où je vis. Une des sections, que j’aime particulièrement, longe le ruisseau; à cet endroit on a presque l’impression d’être en forêt.

Sur les sentiers
L’autre jour alors que je marchais dans le petit boisé, j’ai entendu quelqu’un siffler bruyamment. Comme je ne savais pas d’où provenait l’avertissement, j’ai regardé instinctivement à ma droite, vers les cours arrière des maisons qui bordent le sentier, en pensant que quelqu’un appelait son chien. À ce moment, un autre sifflement plus fort s’est fait entendre. J’ai regardé derrière moi et un Eddy Merckx, un Lance Armstrong local, habillé en tenue de compétitions me dépassa en trombe. Il devait faire entre trente et trente-cinq kilomètres à l’heure. Je me suis tassé sur le côté en le regardant passer.

Si on voyait ces mêmes ratios de vitesse transposés sur les routes, nous serions tous sidérés par leur ampleur. La marche normale et dynamique se situe à une vitesse médiane de 5 km/heure et la vitesse normale standard à vélo est de 20 km/heure. Si je marche à 5 km/heure et que le siffleur arrive à trente-cinq kilomètres/heure, il va sept fois plus vite que moi. Allons maintenant sur l’autoroute où la vitesse est limitée entre 60 et 100 km/heure. Une automobile roule, disons à 100 km/heure, une autre voiture klaxonne derrière, et la dépasse à 700 km/heure. C’est évidemment trop vite et je suis convaincu que ça ne serait pas toléré. Malheureusement, pour les piétons, c’est quelque chose qui arrive assez souvent.

Même si la majorité des cyclistes partagent les sentiers avec les piétons de façon respectueuse, il y en a plusieurs qui utilisent ces chemins comme des pistes de course avec les piétons comme obstacles dynamiques. Mais ça, ce n’est pas nouveau, dans la chaîne alimentaire des modes de transports, le prédateur alpha est l’automobiliste, le cycliste – quoi qu’on en dise – est en deuxième position. Le piéton lui fait office de phytoplancton, ou de zooplancton. Parce qu’il est le moins rapide, il est dans le chemin de tout le monde – même sur les trottoirs qui lui sont pourtant réservés.

Sur les trottoirs
Dans la nouvelle normalité dans laquelle nous nous vivons, plusieurs d’entre nous avons remarqué que les trottoirs ne sont pas très larges. Il est impossible de garder une distanciation sociale sur 4 pieds de largeur. Si l’on y ajoute des bicyclettes, le problème est vite décuplé. Parce qu’elles ont des roues, la solution la plus logique est de voir ces vélos circuler sur les routes. La ville de Moncton a même un arrêté (no T-410[1]) où il est stipulé qu’il « est interdit d’utiliser un trottoir autrement que pour un usage piétonnier […] » En 2012, la police de Moncton a resserré brièvement les règlements et donné quelques contraventions, mais il semble que depuis il y a eu un relâchement considérable[2].

À toute les fois que je vois un cycliste s’approcher sur un trottoir, je me demande pourquoi il a pris cette décision. Pourquoi rouler sur un trottoir avec des trous et des bosses lorsqu’une piste cyclable existe juste à côté? C’est un grand mystère qui s’explique peut-être par la peur d’être happés par un véhicule. Ce qui est étonnant et déconcertant tout à la fois, c’est qu’ils n’ont aucune crainte de nous frapper, le danger n’existe que pour eux. Nous, les piétons, nous ne sommes qu’une espèce en voie de disparition, une extinction qui n’arrive pas assez rapidement pour certains.

Daniel H. Dugas
le 22 mai 2020

[1] ARRÊTÉ no T-410, Ville de Moncton
http://www5.moncton.ca/docs/bylaws/By-Law_T-410_Use_of_Streets-arrete_utilisation_rues.pdf

[2] Moncton police crackdown on cyclists
https://www.cbc.ca/news/canada/new-brunswick/moncton-police-crackdown-on-cyclists-1.1267573

 

Oct 10, 2019
admin

Maintenant qu’on a bien marché (2019)

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Seules les pensées qu’on a en marchant valent quelque chose.
Nietzsche

Maintenant qu’on a bien marché et que la ville de Moncton a signalé son appui au mouvement pour sauver la planète, il serait bon de savoir ce qu’elle fera concrètement.

Moncton a une surface de stationnement totale dans le centre-ville de 42%[1]. Ce pourcentage augmente de façon dramatique lorsqu’on tient compte des rues. Et c’est énorme. Notre ville est un stationnement où les piétons esquivent Toyota et Ford F150. Moncton, si l’envie te prend, tu pourrais lire le chapitre 22 du livre « A Pattern Language », intitulé « Nine Per Cent ». On dit qu’il n’est pas possible de créer un environnement pour les humains lorsqu’on utilise plus de 9% du territoire pour le stationnement[2].

Et puis, ce n’est pas seulement le parcage qui est problématique, c’est l’ensemble du processus qui tire la patte. C’est comme si sous les feux de l’écoblanchiment, il n’y avait que des formes apaisantes. Récemment, Moncton adoptait une motion visant à en faire davantage pour lutter contre les changements climatiques[3]. C’était une belle initiative, mais un mois seulement après avoir timidement balbutié l’urgence climatique, le département d’ingénierie de la Ville proposait de réduire le nombre de trottoirs, qui seraient trop coûteux à entretenir[4]. Et ce mode d’action, cette façon d’opérer n’est pas une situation isolée. Le gouvernement fédéral procède de la même manière : le 19 juin 2019, il déclarait l’urgence climatique au pays[5] et donnait, le lendemain, le feu vert à l’expansion du pipeline Trans Mountain.[6] / [7] On nous prend pour des tartes, des cons ou pour des Tim Bits en souhaitant que le message Instagram suffise à rendre le monde meilleur.

On semble être d’accord, la ville pourrait devenir plus verte et plus humaine. Idées concrètes : Moncton pourrait s’engager à se dé-stationner, elle pourrait nous dire que l’idée proposée par le département d’ingénierie n’ira pas de l’avant et elle pourrait sûrement interdire les « shows de boucanes » comme « The Nationals » et « The Atlanticade » qui viennent chaque année empester la ville de leurs fumées nauséabondes. Ces festivals de la pollution n’ont pas de place dans une ville qui se veut respectueuse de l’environnement. Et s’il n’y a pas de problème, pas de conflit existentiel à tenir de tels évènements, la ville pourrait inviter Greta Thunberg à être maître de cérémonie du défilé. On verra ce qui arrivera.

[1] Surface totale de Moncton: 142 053 298,760 mètres carrés
Surface totale de stationnement: 6 452 935,9 mètres carrés
Jean-Guy Leger, Transportation Coordinator, Ville de Moncton

[2] https://en.wikipedia.org/wiki/A_Pattern_Language

[3] La Ville de Moncton déclare l’urgence climatique
https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/1162020/moncton-urgence-changements-climatiques-effet-serre

[4] Moins de trottoirs à Moncton? Des aînés s’inquiètent
https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/1168060/trottoirs-reduction-enlevement-moncton-transport-marche-acadie

[5] Le gouvernement du Canada a officiellement déclaré l’urgence climatique au pays https://www.narcity.com/nouvelles/ca/le-gouvernement-du-canada-a-officiellement-declare-lurgence-climatique-au-pays

[6] https://www.bbc.com/news/world-us-canada-49804234

[7] Ottawa donne le feu vert à l’expansion du pipeline Trans Mountain
https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/1189941/oleoduc-trans-mountain-canada-alberta-colombie-britannique-petrole


Image Wikipedia: Benh LIEU SONG from Torcy, France – Bay 2 Parking
Parking lot outside of a shopping mall in Collégien, France, demonstrating the design of prioritizing spaces for cars over spaces for people.

Daniel H. Dugas

Artiste numérique, poète et musicien, Daniel H. Dugas a participé à des expositions individuelles et de groupe ainsi qu’à plusieurs festivals et événements de poésie en Amérique du Nord, en Europe, au Mexique et en Australie. Videopoésie / Videopoetry, coécrit avec Valerie LeBlanc, vient de paraître aux aux éditions Small Walker Press.

Daniel H. Dugas is a poet, musician, and videographer. He has participated in solo and group exhibitions as well as festivals and literary events in North America, Europe, Mexico and Australia. His eleventh book of poetry, co-written with Valerie LeBlanc, Videopoésie / Videopoetry has just been published by the Small Walker Press.

Date : April 2020
Genre : Vidéopoésie/Videopoetry
Français/English

Videopoetry / Vidéopoésie

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