Sep 22, 2020
admin

Rabbit Brook (2020)

La ville de Moncton tenait hier une séance publique sur la proposition de rezonage du 211, chemin Mapleton (restaurant Skipper Jack’s). Je suis très content que le plan visant à couvrir une partie du ruisseau de Rabbit Brook ait été rejeté. Je m’opposais au rezonnage et je prévoyais participer à la séance, malheureusement, une urgence m’en a empêché. On m’a dit que mon texte avait été distribué aux personnes présentes. J’ai pensé le publier ici :

Le sentier Ruisseau Rabbit à Moncton fait tout au plus trois kilomètres et demi de longueur. Ce n’est pas l’un des grands sentiers de l’Amérique du Nord, mais je l’emprunte régulièrement, il traverse mon quartier. Une des sections, que j’aime particulièrement, longe le ruisseau, à cet endroit on a presque l’impression d’être en forêt.

Étant donné que le sentier est si petit, il me semble que sa dégradation, pour créer plus de place de stationnement, devient quelque chose de symbolique. Pourquoi s’acharner sur les plus petits ou les plus faibles sinon pour démontrer que le pouvoir de l’être humain est supérieur ? D’une certaine manière ce petit lopin de terre est le symbole de la résilience de la nature et de le détourner de « sa » nature serait le rendre muet.

D’après Jean-Guy Leger, Coordinateur des transports pour la Ville, 4,6% de la superficie totale de la ville de Moncton est couverte par des aires de stationnement pour automobiles. Ce chiffre est atténué évidemment par de larges zones boisées qui entourent la ville et qui font partie de son territoire. D’après ce que j’ai pu comprendre, aucune analyse n’a étudié le pourcentage de stationnement dans la zone développé à l’exception du centre-ville. Et là, la situation est dramatique. Toujours d’après Monsieur Leger, la surface de stationnement totale est de 42%! Notre ville est un stationnement à ciel ouvert où les piétons esquivent Toyota et Ford F-150.

« A Pattern Language » est un essai écrit en 1977 sur l’architecture, l’urbanisme et l’habitabilité communautaire. Dans le chapitre intitulé « Nine Per Cent », on dit qu’il n’est pas possible de créer un environnement pour les humains lorsqu’on utilise plus de 9% du territoire pour le stationnement.

Et puis, ce n’est pas seulement le parcage qui est problématique. Récemment, la ville de Moncton adoptait une motion visant à en faire davantage pour lutter contre les changements climatiques. C’était une belle initiative, mais un mois seulement après avoir timidement balbutié l’urgence climatique, le département d’ingénierie de la Ville proposait de réduire le nombre de trottoirs, qui seraient trop coûteux à entretenir.

On semble être d’accord, la ville pourrait être plus verte et plus humaine, mais créer encore plus de stationnements n’est pas une action ni responsable ni visionnaire. C’est pour cela que j’enjoins la ville, ma ville, à ne pas détruire ce petit bout de verdure. Oui, il y a des déchets qui s’y accumulent, je le vois régulièrement, mais il bon de noter qu’il n’y a à cet endroit aucune poubelle. Et dans le fond, on le sait tous, ce n’est pas ce petit ruisseau de rien du tout qui jette les sacs de chips et les tasses de café Tim Horton dans le ravin, ce sont nous, les humains.

Daniel H. Dugas

Sep 15, 2020
admin

Becoming Purse (2020)

A kid with a kite stands on the edge of a cliff. We cannot see her or his face; the natural lighting of the scene draws the figure as an iPod silhouette, anonymous and universal. There is something real in the image, like a snapshot taken from an outing; it could be your kid, my kid. The purple colour in the sky and the yellowish glow at the horizon point to a sunrise on the East coast or a sunset on the West coast. This is for anyone, anywhere, with leisure time. It might even be an ode to Homan Walsh, the youth who flew his kite high above the gorge of Niagara Falls in 1848. As a result, he was able to secure a line that was used to start the construction of the suspended bridge. At the bottom of this image, there is the caption ‘Imagination takes flight’.

But the reverie is interrupted when the physical intricacies kick in. If a cliff is a location able to provide ample wind, it might also be a dangerous place to hang out in the dark, whether it’s early in the morning or late in the evening. But falling is not the only hazard; another danger lurks just behind the child’s knees. Is it a line, a rod or is it part of the ribbon of the kite, we are not sure. Will the kid trip and tumble down the precipice? We hope not, but we don’t know. Maybe the kid falls onto the rocks below, but ultimately the flying kite saves him? Maybe.

‘Go fly a kite’ is a phrase that is used to tell someone to ‘get lost’. The kid seems to be alone, but someone took the picture, so it is not the case. ‘As high as a kite,’ is an expression to indicate that someone is extremely intoxicated. Although a video would be a better way to gauge the situation, there is no evidence that the kid or the photographer is high. Louis Vuitton is inviting us to be part of a kite experiment, but we are not as yet sure what the circumstances of this flight of imagination might be.

A kite needs a tail to keep it from spinning and rolling around. The one in the picture has a long tail and will probably be stable. In French, the word tail (queue) has the same meaning as the English word, but it can also mean a penis. To me, the small protruding part on the left side of the ribbon looks like the French descriptor. And if we take the bottom section of the tail (which looks like a ‘skydancer’ or ‘tube man’ and is about the same height as the kid) and moved it to the right, juxtaposing it onto the child, we can see an appendage appear: the kid becomes a man!

And then other symbolism gets in the way: two crosses floating in mid-air. What are they? The first one is part of the frame of the kite; the second, made of ribbon, floats above and is out of focus. The latter takes the appearance of a double helix. The kid is a believer, a man of science now dabbling in molecular biology!

We don’t know what kind of kite experiment is at play here. Is it a religious or a biological quest, or is it just family fun in search of the perfect ‘sacoche’? How can this image of a kid becoming man, and a kite with religious undertones, make us feel toward a leather purse is anyone’s guess. The imagination can only hover so long above the abyss of the dreamed object. If a heavy purse makes the heart light, it can also weigh down the kite.

Sep 10, 2020
admin

Poèmes de l’intérieur/Poems from the Interior (2020)

Très content de faire partie de ces Poèmes de l’intérieur, un projet de poèmes ou proses courtes (en français ou en anglais), avec enregistrement sonore. Merci au Centre de Recherche en arts interdisciplinaires et culture de création de Brock University et aux directeurs Catherine Parayre et Nicholas Hauck.

L’épidémie qui sévit depuis le début de 2020, nous a fait découvrir un confinement prolongé et redécouvrir l’intérieur du chez-soi pour y travailler, apprendre, se divertir, vivre, souffrir, rêver, et a suscité des expériences inhabituelles au sein même de ce qui nous est familier. Des poèmes en français et en anglais, de poètes établis ou émergents, nous invitent à visiter nos espaces intérieurs.

Avec: AM Matte, Daniel H. Dugas, Eric Charlebois, Fan Wu, Garry Thomas Morse, Hélène Koscielniak, Jami Macarty, Michèle Vinet, Paul Ruban, Paul Savoie, Valerie LeBlanc

 

https://exhibits.library.brocku.ca/s/interiors/page/poems-from-the-interior#?c=&m=&s=&cv=

 

Sep 8, 2020
admin

Fresh AIR NB / Air frais NB (2020)

Your Word in Lights is a participatory Media Performance created by Daniel H. Dugas and Valerie LeBlanc within the Fresh AIR program at Hopewell Rocks.

Many of our projects focus on the environment and the passage of humans in the landscape. Your Word in Lights falls into this category.

We will ask visitors to offer us one word that describes their overall impression of the site. For example, the word might represent a description of the light quality at Hopewell Rocks, an animal or plant that comes to mind when experiencing the site, or a sense of wonderment inspired by the scale of this natural setting.

Participants will be able to stop by our setup on their way back up from walking on the ocean floor during low tide, or after they contemplate the overall view during the high tide. We will record the participant’s word onto a laptop and with a USB key we will transfer the word onto a portable LED sign. At times, we will go mobile and locate on the ocean floor, other times, we will install the setup on the staircase. Your Word in Lights will serve as a beacon and a reminder of the inspiration that this unique location can provide.

For more information: http://fundy.basicbruegel.com/ (under the tab – Hopewell Rocks)


Un mot en lumière est une performance médiatique participative créée par Daniel H. Dugas et Valerie LeBlanc à Hopewell Rocks dans le cadre du programme AIR Frais.

Plusieurs de nos projets mettent l’accent sur l’environnement et l’interaction humaine sur le terrain. Un mot en lumière fait partie de cette catégorie.

À Hopewell Rocks, nous demanderons aux visiteurs de nous proposer un mot qui décrit leur impression générale du site. Par exemple, le mot pourrait représenter une description de la qualité de la lumière au parc des rochers Hopewell, un animal ou une plante qui leur vient à l’esprit en découvrant le site, ou un sentiment d’émerveillement inspiré par l’ampleur de ce lieu unique.

Les participants pourront s’arrêter devant notre installation après avoir marché sur le fond marin à marée basse, ou après avoir contemplé la vue à marée haute. Nous noterons le mot du participant sur un ordinateur portable et, à l’aide d’une clé USB, nous transférerons le mot sur un panneau DEL portable. Parfois, nous nous déplacerons sur le fond marin; d’autres fois, nous nous installerons près de l’escalier. Un mot en lumière servira de phare et de rappel de l’inspiration créée par ce lieu unique.

Pour plus information : http://fundy.basicbruegel.com/ (sous l’onglet – Hopewell Rocks)


The Fresh AIR program places professional artists in Provincial parks during Labour Day Weekend (September 5 to 7, 2020) to engage with the public and develop their artistic practice or existing projects in a natural setting during the challenging reality of COVID-19.

Dans le cadre du programme AIR Frais, des artistes professionnels seront présents dans les parcs provinciaux pendant la fin de semaine de la fête du Travail (du 5 au 7 septembre 2020). Ils dialogueront avec le public et travailleront sur des projets artistiques, nouveaux ou existants, dans un cadre naturel et pendant la période difficile de la COVID 19.

Aug 30, 2020
admin

Multiverse – Poetry Festival Singapore (2020)

Happy to participate in this Poetry Festival Singapore event!

SCHEDULE
Multiverse
Poetry Festival Singapore
August 29, 2020 | 08.30PM – 10.00PM (+8 GMT)

08.30PM: Opening of the show
08.31PM: Latha
08.41PM: Catherine Candano
08.51PM: Sarvin Afarinesh
09.01PM: Christopher Okemwa
09.11PM: Unmesh Mohitkar
09.21PM: Eric Tinsay Valles
09.27PM: LKN
09.31PM: Marikit
09:41PM: Daniel H. Dugas & Valerie Le Blanc
09.51PM: Tan Chee Lay
10.00PM: Closing of the on-air, and opening the off-air poetry jam

Poetry Festival Singapore, formerly known as National Poetry Festival, offers a multilingual, multicultural, multi-generational platform for poets and poetry enthusiasts in the appreciation of the art of poetry in Singapore. Poetry Festival Singapore aims also to develop the written and spoken word in the island’s four official languages and to organize events and activities related to the literary arts.

Aug 21, 2020
admin

Video Interview Videopoetry / Vidéopoésie (2020)

Here is our interview with Catherine Parayre of The Small Walker Press about our book Videopoetry / Vidéopoésie. Enjoy!

1 :07 min
Why this book?

2:33 min
Many of your works are collaborative, how do you work together on projects?

8:40 min
Your book is called Videopoetry / Vidéopoésie. Many people talk about film poems or cine poetry, what guides your choice of words?

11:44 min
How does a printed text do justice to time-based material?

15:55 min
In your practice of videopoetry, in what ways is the writing of poetry inspired or directed by the video component? What is the creative-writing process?

17: 45 min
How would you say that the end product, the published book with still images, is changing or not your videopoetry work?

20:04 min
A question about the movement in the images + conclusion

Aug 11, 2020
admin

Interview with Catherine Parayre (2020)

Videopoetry / Videopoésie by Daniel H. Dugas and Valerie LeBlanc has been launched through the Small Walker Press, Centre for Studies in Arts and Culture, Brock University, St. Catharines, ON. Here are some still images from our recent conversation with Dr. Catherine Parayre, Editor at The Small Walker Press. The interview will be released next week!

The online version of the book can be downloaded for free at the following address: https://dr.library.brocku.ca/handle/10464/14790

The book is also available in paper version. Purchase inquiries: basicbrugel@gmail.com

We would like to thank the Canada Council for the Arts for assistance through an Explore and Create Grant. Due to COVID 19 restrictions, we are presenting the interview in lieu of an onsite launch at Brock University.

Jul 8, 2020
admin

(un)continuity (2020)

We are pleased that our installation Around Osprey has been included in the Electronic Literature Organization Conference and Festival 2020.

About the exhibition

(un)continuity is an invitation to explore fluidity, to break binaries, and challenge categories: works in this exhibition explore representation and presentation; play along spectra of light, sound, and probe the visible-invisible; and embrace unity and discord. This type of boundary work is at the heart of electronic literature, a practice of exploring the limits of born-digital storytelling that includes multimodal writing, digital art, playful narrative, interactive fiction, literary games, hypertext, and screen fiction.

This exhibition is part of the Electronic Literature Organization Conference and Festival 2020, hosted by the University of Central Florida and occurring online starting July 16th. Curated by Shannon Lindsay, Ha’ani Hogan, and Anastasia Salter, the exhibition was originally intended for physical space: however, following the closure of most shared physical space with the advent of global pandemic, the exhibition was re-imagined as a virtual, interactive display. The exhibition includes interactive, procedural, generative, and otherwise experimental works by artists from around the world.

Originally, this work was planned as two separate installations for the UCF Art Gallery and Orlando CityArts. These spaces are still adapting, as COVID-19 numbers continue to rise in the state of Florida. Some works are captured only through documentation as a result: others have been fully reimagined, and represent new work created in response to the current moment. As we imagine how gallery spaces persist even as public buildings remain closed to crowds, the curators hope this exhibition will provide inspiration and connection.

Curated by Shannon Lindsay, Ha’ani Hogan, and Anastasia Salter


Around Osprey is a two-screen projection based on our artist residency with the Conservation Foundation of the Gulf Coast in Osprey, FL, 2018. We created the two video programs: Element A and Element B.

For this virtual exhibition, the two video programs have the same duration of 29 min 38 sec, simulating the interactive element of the original design. The suggested viewing setup is: two laptops placed side-by-side; Element A on the left, Element B on the right. The two programs should be started simultaneously.

Element A is a series of 12 poetic videos and relates to explorations. The moving pictures and sound treatments for these were gathered from our notes, poetry and stories, research outings, and meetings with local residents. The overall flow of the work relates to encounters with the natural world, environmental concerns over development and human encroachment into natural settings, and what derives from those human interventions.

Element B – Our explorations of coastal areas were overshadowed by the omnipresence and effects of the Red Tide, aka K. brevis. As it altered the environment, it also shaped our perceptions. As the cell count of these organisms grew, fish and other oxygen-starved sea animals washed up on beaches. We humans also choked for air. To bring forward observations about the far-reaching effects of the Red Tide, we created Element B (no sound), a real-time reading of a data sets for K. Brevis weekly cell counts. (For this virtual exhibition the real-time has been replaced with a video capture.) Element B can be seen as a disrupted state of the environment. The data was entered by day and location on 16 South Florida beaches over a twelve-month timespan. When the counts are low, there is little-to-no change in the moving pictures. When the counts are higher, the images take on corresponding degrees of red tint and temporal shifts that show up as blurriness. The cell count data and location are not directly related to the images they are placed upon, instead, the flow of effects on images relates to how nature works, in cycles, always little by little, and sometimes, surprisingly fast, with overwhelming effects. The text information, on the bottom left of Element B is as follows: K. brevis cell count | Date | Location.

To aid the visualization of the K. brevis data, we are including the information below:

Possible effect of K. brevis

Not present – Levels of 1 cell or less: No effects anticipated
Very Low – Levels > 1 – 10 cells/ml: Possible respiratory irritation; shellfish harvesting closures
Low – Levels > 10 – 100 cells/ml: Respiratory irritation; shellfish harvesting closures; possible fish kills
Medium – Levels > 100 – 1,000 cells/ml: Respiratory irritation; shellfish harvesting closures; possible fish
kills; detection of chlorophyll by satellites at upper range of cell abundance
High – Levels > 1,000 cells/ml: As above plus water discoloration

Jun 8, 2020
admin

Sur la dune de Bouctouche « comme si tout’l monde se connaissait. » (2020)

L’autre jour, alors que nous marchions sur la dune de Bouctouche, nous avons croisé deux femmes, une qui était assise dans le sable près du rivage et l’autre qui marchait lentement dans l’eau à mi-corps. J’ai pensé en la voyant ainsi marcher (parce que l’eau est encore très froide à ce temps de l’année) qu’elle allait aux toilettes dans la mer. C’est peut-être parce que nous regardions la baigneuse que celle assise, en voulant détourner notre attention, nous lança: « Vous avez l’air des touristes ! » Surpris et un peu ébranlé, je répondis par un simple non.

En continuant notre marche, je me suis mis à penser à cette étrange remarque. Elle sous-entendait que nous n’avions pas l’air du coin, qu’on détonnait. Le contexte de pandémie dans lequel nous vivons rend cette question quelque peu problématique. Un commentaire xénophobe qui se basait soit sur notre apparence physique, soit de la façon dont on s’habillait. Ce n’était pas nos accents, car elle nous avait jugés avant qu’on eût ouvert la bouche. Si nous n’étions pas des alentours, nous étions d’ailleurs et par le temps qui court tout ce qui vient d’ailleurs est une menace pour la santé publique. Juste pour voir sa réaction j’aurais dû lui dire, en toussant un peu, qu’on arrivait à l’instant de la ville de New York. Ça aurait pu marcher, car je portais cette journée-là un t-shirt de l’exposition Artistic Licence qui avait été présentée au Guggenheim l’automne dernier.

Mais qu’en est-il de ce « Vous avez l’air des touristes » ? Est-ce que c’était une insulte ou plutôt une boutade qui visait à nous faire déguerpir; une tactique pour que les deux acolytes puissent occuper en toute quiétude la totalité de la dune? Je ne sais pas. En fin de compte, cela n’a pas trop d’importance, je pouvais toujours me réjouir que dans ce coin de pays, apparemment au patrimoine génétique réduit, nous ne partagions pas tous les traits communs.

Heureusement pour nous, nous n’avons pas croisé d’autres villageois avec des torches et des fourches. Personne n’est venu nous menacer. Cette journée-là nous étions des étrangers, une gang de New York just on our own.

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Photos de Valerie LeBlanc
‘…comme si tout’l monde se connaissait’
 est un vers du texte Tableau de Back Yard de Guy Arsenault tiré du livre Acadie Rock (1973).

May 24, 2020
admin

Sur la route (2020)

Le sentier Ruisseau Rabbit à Moncton fait tout au plus trois kilomètres et demi de longueur. Ce n’est pas l’un des grands sentiers de l’Amérique du Nord, mais je l’emprunte régulièrement, il traverse le territoire, la zone où je vis. Une des sections, que j’aime particulièrement, longe le ruisseau; à cet endroit on a presque l’impression d’être en forêt.

Sur les sentiers
L’autre jour alors que je marchais dans le petit boisé, j’ai entendu quelqu’un siffler bruyamment. Comme je ne savais pas d’où provenait l’avertissement, j’ai regardé instinctivement à ma droite, vers les cours arrière des maisons qui bordent le sentier, en pensant que quelqu’un appelait son chien. À ce moment, un autre sifflement plus fort s’est fait entendre. J’ai regardé derrière moi et un Eddy Merckx, un Lance Armstrong local, habillé en tenue de compétitions me dépassa en trombe. Il devait faire entre trente et trente-cinq kilomètres à l’heure. Je me suis tassé sur le côté en le regardant passer.

Si on voyait ces mêmes ratios de vitesse transposés sur les routes, nous serions tous sidérés par leur ampleur. La marche normale et dynamique se situe à une vitesse médiane de 5 km/heure et la vitesse normale standard à vélo est de 20 km/heure. Si je marche à 5 km/heure et que le siffleur arrive à trente-cinq kilomètres/heure, il va sept fois plus vite que moi. Allons maintenant sur l’autoroute où la vitesse est limitée entre 60 et 100 km/heure. Une automobile roule, disons à 100 km/heure, une autre voiture klaxonne derrière, et la dépasse à 700 km/heure. C’est évidemment trop vite et je suis convaincu que ça ne serait pas toléré. Malheureusement, pour les piétons, c’est quelque chose qui arrive assez souvent.

Même si la majorité des cyclistes partagent les sentiers avec les piétons de façon respectueuse, il y en a plusieurs qui utilisent ces chemins comme des pistes de course avec les piétons comme obstacles dynamiques. Mais ça, ce n’est pas nouveau, dans la chaîne alimentaire des modes de transports, le prédateur alpha est l’automobiliste, le cycliste – quoi qu’on en dise – est en deuxième position. Le piéton lui fait office de phytoplancton, ou de zooplancton. Parce qu’il est le moins rapide, il est dans le chemin de tout le monde – même sur les trottoirs qui lui sont pourtant réservés.

Sur les trottoirs
Dans la nouvelle normalité dans laquelle nous nous vivons, plusieurs d’entre nous avons remarqué que les trottoirs ne sont pas très larges. Il est impossible de garder une distanciation sociale sur 4 pieds de largeur. Si l’on y ajoute des bicyclettes, le problème est vite décuplé. Parce qu’elles ont des roues, la solution la plus logique est de voir ces vélos circuler sur les routes. La ville de Moncton a même un arrêté (no T-410[1]) où il est stipulé qu’il « est interdit d’utiliser un trottoir autrement que pour un usage piétonnier […] » En 2012, la police de Moncton a resserré brièvement les règlements et donné quelques contraventions, mais il semble que depuis il y a eu un relâchement considérable[2].

À toute les fois que je vois un cycliste s’approcher sur un trottoir, je me demande pourquoi il a pris cette décision. Pourquoi rouler sur un trottoir avec des trous et des bosses lorsqu’une piste cyclable existe juste à côté? C’est un grand mystère qui s’explique peut-être par la peur d’être happés par un véhicule. Ce qui est étonnant et déconcertant tout à la fois, c’est qu’ils n’ont aucune crainte de nous frapper, le danger n’existe que pour eux. Nous, les piétons, nous ne sommes qu’une espèce en voie de disparition, une extinction qui n’arrive pas assez rapidement pour certains.

Daniel H. Dugas
le 22 mai 2020

[1] ARRÊTÉ no T-410, Ville de Moncton
http://www5.moncton.ca/docs/bylaws/By-Law_T-410_Use_of_Streets-arrete_utilisation_rues.pdf

[2] Moncton police crackdown on cyclists
https://www.cbc.ca/news/canada/new-brunswick/moncton-police-crackdown-on-cyclists-1.1267573

 

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Daniel H. Dugas

Artiste numérique, poète et musicien, Daniel H. Dugas a participé à des expositions individuelles et de groupe ainsi qu’à plusieurs festivals et événements de poésie en Amérique du Nord, en Europe, au Mexique et en Australie. Videopoésie / Videopoetry, coécrit avec Valerie LeBlanc, vient de paraître aux éditions Small Walker Press.

Daniel H. Dugas is a poet, musician, and videographer. He has participated in solo and group exhibitions as well as festivals and literary events in North America, Europe, Mexico, and Australia. His eleventh book of poetry, co-written with Valerie LeBlanc, Videopoésie / Videopoetry has just been published by the Small Walker Press.

Date: April 2020
Genre: Vidéopoésie/Videopoetry
Français/English

Videopoetry / Vidéopoésie

Small Walker Press

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